Mamusicale

//WILL BARBER et DIRTY DEEP se découvrent à PAUL B

Live Report, Rock, Soul Blues | 12 octobre 2020

Quel plaisir après des mois d’abstinence de retourner dans une salle de concert, en l’occurrence PAUL B à Massy (91). Soirée étiquetée Blues / Rock par un co-plateau avec WILL BARBER et DIRTY DEEP. Je vous rassure les gestes barrières sont respectés à l’entrée comme dans la salle. La jauge est réduite et les spectateurs sagement assis et masqués. A ce sujet si nous étions debout, masqués, aux mêmes endroits, le virus serait-il plus virulent !!! Mais ce n’est pas le sujet …

Samedi 3 octobre 20H35, WILL BARBER entre en scène, accompagné de Rico Blanc à la basse et Olivier Raynaud à la batterie. Détail annonciateur d’un état d’esprit, les trois musiciens sont placés en ligne. Un choix pour l’équité ?

WILL BARBER, est originaire de Narbonne. Sur scène, ce barbu tatoué, semble timide, plein d’humilité. Quand arrive sa musique et sa voix, c’est autre chose, du blues, parfois très rock mais toujours personnel chanté avec une voix chaude, puissante, aussi à l’aise dans les tempos calmes que dans les moments explosifs, interprété avec les tripes.

Pour la mise en bouche, c’est « Well, Well, Well » de Bob Dylan, repris également par Ben Harper. Cette version de WILL  BARBER est un appel au voyage. Je ferme les yeux. Les images de « Dead Man » film de Jim Jarmusch, défilent. Sa musique remplace la BO du film composé par un certain Neil Young. Sa partition devient un voyage introspectif dans l’Ouest américain.

S’enchainent deux morceaux percutant et entrainant qui convainc le public. Mes oreilles au repos depuis des mois m’ont rapportées avoir trouvé la caisse claire trop sèche et forte.

Sur scène, il expose une collection de guitares et Weissenborn. Au fil des morceaux on comprend pourquoi. Les fréquents changements d’instruments, parfois joués debout, mais le plus souvent assis, à plat sur les cuisses, (technique lap steel et bottleneck), permettent des sonorités et des ambiances différentes. C’est une des composantes artistiques de WILL BARBER qui, avec un luthier de sa région, travaille sur les essences de bois local, fait des essais jusqu’à trouver LE son. Cette recherche de la diversité des sonorités, permet la création d’un univers particulier pour chacun des morceaux.

De vastes horizons s’ouvrent à lui pour faire partager sa musique à la fois puissante et brutale tout en restant polie, fouillé et très accessible. Une force tranquille et plurielle !

Au tour d’une autre reprise, « Another brick in the wall » de Pink Floyd. Version au combien personnelle et puissante dans laquelle WILL BARBER nous transmet sa sensibilité, sa rage, tout en maîtrisant sa voix. Ça susurre, ça hurle, ça groove et ça émeut … c’est bon le spectacle vivant !

Manifestement WILL BARBER, c’est aussi un trio bien rodé. Les trois compères sont heureux de partager la scène, les interventions toujours sympas et souvent drôles crées une proximité avec le public, une ambiance « bande de pote » due à son expérience de spectacle de rue. Le public ne s’y trompe pas.

Autre grand frisson, « Peace of Heaven ». Il empoigne une guitare sèche et siffle l’introduction. On remet le costume du « poor lonely cow boy » et on chevauche dans un paysage vallonné associant les variations du morceau au différentes allures de la monture. Magique.

Le set a duré une heure, le public a trouvé ça bien trop court. Un talent sur lequel il est indispensable de se pencher et en ces temps compliqués c’est indispensable. Que WILL be survive !!!

A noter sa disponibilité, pour signer CD et vinyles, discuter, prendre du plaisir dans l’échange. Pour suivre l’actualité de WILL BARBER : willbarber-music.com    Facebook

La seconde lame qui doit nous scotcher à nos sièges, expression mal choisi en période de covid !

C’est DIRTY DEEP. Je ne sais pas si c’est volontaire de la part du programmateur de PAUL B, mais les similitudes avec WILL BARBER, hormis le style musical, sont nombreuses. C’est un trio, qui s’est constitué par étape. De 2010 à 2012, Victor Sbrovazzo est seul avec sa voix, sa guitare et son harmonica. Les arrivées de Geoffroy Sourp à la batterie puis d’Adam Lanfrey à la basse ont modelé ce trio venu de Strasbourg.

Le set débute par « Sunday church », pourquoi pas ! Même si je suis plutôt pour la fièvre du samedi soir que pour le prêche du dimanche matin ! La messe qu’ils nous servent est à la fois brutale, fiévreuse, distordue. Pourtant le refrain entonné à trois voix tend vers la pop anglaise. Au fils de morceaux, s’exprime toute la singularité de DIRTY DEEP complexe à décrire. Certes la base c’est le blues, mais ces trois-là s’autorisent une agrégation conséquente d’influences.

Avec « Shake it », l’harmonica bien chaud et le tempo dynamise le public, puis c’est la descente du Mississipi jusqu’à la nouvelle Orléans en écoutant « By the river ».

Le public est super réceptif à ce flux de compositions sauvages, entrainantes, rugueuses, profondes. Leur melting-pot heavy blues nous en met plein les oreilles et c’est bon ! Les trois musiciens paraissent vraiment à l’aise sur scène, le contact avec le public est de qualité. Victor, nous communique son feeling imparable. La guitare crisse, la voix pénètre et l’harmonica incendie.

« Junky green truck » tend vers un rock speedé, bluesy et survitaminé presque déglingué et joué avec une vitalité stupéfiante. Les trois musiciens sont en communions tant sur le plan relationnel que sur le plan musical. La cohésion est grande et le placement est d’une grande précision. Ils osent faire des assemblages et des mélanges stupéfiants : un trio de sorcier !

Certes le concert, avec son lot de gestes barrières, est particulier. Comme le dit Adam à la basse « je suis le seul debout dans ce concert ! ». Les personnes présentes passent une soirée forte en émotions musicales. DIRTY DEEP est une référence du blues-rock français avec un talent indéniable.

Pour « Strawberry lips » Victor débute seul en scène, il nous régale, c’est un moment en apesanteur, sensible et gracieux, superbe ! Les potes reviennent et nous balancent un swing incroyable, genre BO des Aristochats. C’est tout simplement énorme.

Avec « I want to miss you » le rythme se fait sauvage, le tempo envoûte, le riff obsède et le chant est intense. Le Bayou bouillonne et l’auditoire se délecte. Pour terminer, ce sera un gospel chanté à capella, au bord de la scène, tout proche des spectateurs. Sans les décibels, le trio conserve son efficacité et son empreinte sur le public. DIRTY DEEP nous a présenté un set percutant et bien rodé. Une bien belle réussite.

Pour suivre l’actualité de DIRTY DEEP : dirtydeepband.com      Facebook

C’était un plaisir de revenir à un concert, et après ces deux prestations quel bonheur cette soirée, quels talents ces artistes ! Un bœuf final avec les 6 musiciens aurait pu être une fin en apothéose !

Soutenons les artistes en allant aux concerts.

// Live report : Marc Tessier

Live report

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