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//Rencontre avec le fondateur d’un label musical

Interview Métiers de la musique | 26 avril 2019

Après le métier de manager ou d’éditeur musical, nous avons voulu connaître les multiples rôles d’un label musical. Et pour cela nous avons interviewé Sacha Biro, créateur du label « Sans faire de bruit »

Que faisais-tu avant de créer ton propre label ?

J’ai eu plusieurs vies. Mon début de parcours s’est fait en tant que plombier chauffagiste après l’obtention de mon bac général. J’ai par la suite été animateur dans des clubs de vacances, ensuite j’ai été responsable hébergement dans l’hôtellerie de luxe et une petite partie au Club Med. J’ai été topographe sur les voies de chemins de fer mais aussi couvreur à mes heures perdues. J’ai eu la chance de rencontrer Elisa do Brasil qui m’a permis pour la première fois de travailler dans le milieu musical. J’ai par la suite été tour manager, régisseur, ou chargé de Prod sur beaucoup de projets dont notamment celui de . Tout ça ne s’est pas fait sans peine, j’ai travaillé des heures et des heures pour en arriver là.

Pourquoi avoir créé un label ?

L’idée de créer un label est arrivée du constat qu’il n’y avait quasi aucun label prêt à développer les jeunes artistes. Soit les labels récupèrent déjà les artistes qui ont déjà une base ou dans lequel ils savent reconnaître un talent unique, mais pour les autres la route est beaucoup plus longue, c’est donc pour ça que j’ai décidé de créer un label qui serait un incubateur de talent.

Quelle a été ta motivation, et quel est ton objectif ?

Ma motivation était telle qu’après des années passées dans des milieux où vous ne vous retrouvez pas, ou surtout vous ne vivez pas de belles choses, je me suis dit qu’il était temps de changer. Après une reconversion et une arrivée sur la région parisienne, je me suis mis à travailler dans le secteur musical. Un an à faire des stages non rémunérés, à travailler le matin l’après-midi mais aussi les week-ends pour montrer que j’étais capable d’endurer les efforts car la motivation est très importante dans ce métier. Ce métier qui permet de faire de très belles rencontres, de voir plein de concerts, et de vibrer en même temps que les artistes qui sont sur scène.

As-tu eu recours à une aide financière ?

Je n’ai malheureusement pas eu recours à une aide financière. Je développe mon réseau et mes projets sur mes fonds personnels.

Quelles sont les étapes administratives pour créer son propre label ? 

Il y a beaucoup de démarches et d’étapes administratives pour créer son label. L’administration française n’est pas forcément adaptée au milieu culturel. Sans subvention, il est quasiment impossible de pouvoir avoir une activité rentable. Cela génère malgré tout de beaux chiffres d’affaires mais il n’en reste néanmoins aucun bénéfice à la fin de l’année.

Quel est le rôle du label pour l’artiste ?

Le label se doit d’être un soutien pour l’artiste, un relais, une aide dans son travail et dans le développement de son œuvre. C’est le cas de mon label, nous appelons ça des labels 360°. Il s’agit d’épauler l’artiste et l’aider à se débrouiller au point de vue administratif, pour la production de ses albums ou clip, pour la logistique de la tournée, les ventes de dates, mais aussi pour la gestion et la distribution.
https://youtu.be/w9oI-se3iEw

Comment choisis-tu les artistes que tu vas défendre ?

Tout d’abord je les choisis en fonction du ressenti que cela m’apporte, je me base aussi bien par rapport à ce qui se fait dans le milieu dans lequel le son est produit, mais surtout je me focalise sur la possibilité du groupe à vivre dans le milieu professionnel musical. C’est-à-dire que le groupe doit être dans une optique de progresser, de toujours aller de l’avant, de mettre de côté les heures perdues, et être prêt à faire des concessions, car souvent il faut compter en années de travail pour réussir à développer une carrière artistique.

Que peuvent offrir les labels indépendants aux jeunes artistes qui cherchent à percer et vivre de leur art ?

Les labels indépendants permettent aux artistes en développement de pouvoir créer un album, produire une série de clip, payer l’enregistrement du studio, tout ce qui est investissement nécessaire au développement de l’artiste. Il y va bien sûr aussi du travail fourni par l’artiste car il s’agit bien d’un échange entre les deux entités pour développer sa carrière.

Quelles sont les missions principales d’un label pour son artiste ?

Mon principal travail en tant que label, ou directeur de label, est de connecter mes artistes avec le plus de personnes, que ce soit la presse, les booker ou les programmateurs qui vont acheter leur show, leur permettre des passages en radio, les soutenir dans les bons et les mauvais moments car il s’agit d’une relation très particulière entre un groupe ou un artiste, et le label.

Comment se rémunère-t-on ?

Les principaux revenus se font sur la vente de CD. Dans l’air actuel nous sommes bien sûr aussi rémunérés sur le nombre de clics sur les plates-formes telles que Spotify, Dezeer, mais aussi YouTube.

Pourrais-tu nous définir ta journée type ?

Ma journée type commence par un café à 9h du mat devant mes mails et SMS. Je prends connaissance de ce qui se fait sur Internet en musique et en clip, tout est en répondant à mes messages. Je passe en majorité une à trois heures de téléphone par jour, et j’envoie des mails. A côté de ça, je suis bien sûr présent pour mes artistes.

En dehors des artistes, avec quels autres métiers de la musique es-tu en lien régulièrement ?

Je suis en lien avec des distributeurs, je travaille aussi avec la presse, les clubs ou les personnes gérants des salles de spectacles.

Prends-tu part à la création d’un CD, d’une vidéo ou d’un clip par exemple ?

Tout dépend des artistes, mais je suis aussi partie prenante avec des choix, des décisions importantes relatives au projet artistique, tout en laissant libre cours à leurs expressions et à leur style.

Comment, et jusqu’où, un label accompagne t’il son artiste ?

Tout dépend encore une fois du style du label dans lequel est l’artiste. Il est pour moi obligatoire de les suivre jusqu’au bout. Ils peuvent bien sûr m’appeler à n’importe quelle heure le week-end la semaine ou la nuit. Ça va donc du côté administratif jusqu’à côté émotionnel, c’est bien pour ça que je disais précédemment que ses relations sont à 360°.

Retrouvez toutes les infos du label sur sansfairedebruit.com 

// Interview par : Isabelle Grand-Dufay

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