Mamusicale

//Sibu Manaï nous fait planer avec son EP « Vavanguer »

Interview Artistes | 3 mai 2020

Sibu Manaï et Justine Mauvin sont une seule et même personne. D’un côté l’artiste qui vient de sortir son EP, et de l’autre la championne sportive de haut niveau. Comment conjuguer ses deux passions ? En cette période de confinement, Mamusicale s’est immiscé dans l’intimité de l’artiste et de la sportive, pour en savoir plus ; tout en gardant bien nos distances.

 

Tu es une grande sportive et une musicienne à la fois, viens-tu d’une famille de sportifs ou de musiciens, ou pas du tout ?

Ma mère est très sportive, elle fait toujours beaucoup de danse et elle est prof d’EPS dans un lycée à la Réunion. Elle surfe également. Ma grand-mère est peintre, mon père l’est aussi et c’est lui qui m’a appris à jouer de la guitare. Et il y a quelques musiciens également parmi mes ancêtres. J’ai baigné très tôt dans la culture, dans l’art et dans le sport.

Tu écoutais quelques styles de musique dans ta jeunesse ?

J’écoutais beaucoup de folk. Quand j’ai commencé à composer, j’écoutais Joan Baez, Fleetwood Mac et KT Tunstall. J’ai très vite enchaîné avec la Black Music. Ma mère écoute beaucoup de rock et de pop rock. J’ai vécu jusqu’à mes 18 ans à la Réunion, où il y avait toujours du Maloya dans la cour et chez les voisins. J’ai eu une éducation musicale assez variée, et interculturelle.

Tu as été championne de France de surf, et championne d’Europe. Actuellement tu es confinée sur Paris, comment gères-tu ce confinement ?

C’est un peu compliqué et ça joue pas mal sur mon mental. J’essaie de relativiser et de mettre en pratique le yoga et la méditation, que je pratiquais depuis quelques années mais qui prend tout son sens actuellement. Je vais faire du skate dans mon quartier également pour me défouler aussi un peu.

Arrives-tu toujours à pratiquer ton sport à haut niveau ?

Je sélectionne beaucoup plus les compétitions auxquelles je participe. J’ai plutôt participé à des festivals démonstratifs l’an dernier. Je ne suis pas une grande compétitrice et je préfère l’aspect social et artistique de la discipline plutôt que les compétitions. Cette année j’ai juste une compétition prévue au Mexique en octobre, et c’est tout car pour l’instant je me concentre essentiellement sur ma musique.

Tu as pris le nom d’artiste de Sibu Manaï, était-ce justement pour faire une dissociation avec le sport, et que signifie ce nom ?

La question s’est longtemps posée, étant donné que j’avais déjà acquis une certaine notoriété en Longboard, et dans le milieu du surf, les gens savaient que je faisais de la musique. Mon projet n’était pas de dissocier les 2 personnes mais j’avais un message que je voulais porter le plus largement possible et partager ma musique, avec des sujets à défendre. Ça me permet aussi de me désinhiber et d’aller à fond dans ma démarche artistique. Le nom de Sibu Manaï m’a été donné par les indiens d’Indonésie avec qui j’ai passé beaucoup de temps. C’était un voyage que j’avais fait grâce au surf. Et je voulais leur rendre hommage en prenant le nom qu’ils m’avaient donné et qui veut dire « Chérir la fleur », en prendre soin et qu’elle fleurisse.

Le 1er single de ton EP « On my way » est sorti le 10 avril et l’EP « Vavanguèr »  est sorti le 24 avril, quels sont les thèmes que tu abordes dans ces 5 titres ?

J’aborde toutes les clés de vie que mon expérience m’a permis de vivre avec le surf, à savoir les questions qu’on peut se poser. C’est aussi un hommage à des personnes qui ont compté dans ma vie. Je rends hommage à tout ce que la vie a pu m’apporter en vivant à la Réunion jusqu’à l’âge de mes 18 ans. Il y a une reprise également d’un grand artiste réunionnais, qui s’appelle Alain Peters.

Peux-tu nous parler justement de cette reprise que l’on perçoit comme une plainte à la première écoute, et comme quelque chose de très douloureux ?

Effectivement. C’était un artiste poète complètement déchiré entre ses passions, son talent d’artiste, et toutes ses névroses. Cette chanson « Rest La Maloya » rend hommage à cette poésie planante qu’il y a chez lui et qui l’a sauvé. C’est aussi une philosophie sur la vie en général. C’est un poète que je respecte énormément. Il y a beaucoup de douleur avec ce genre de blues ethnique, qui est très particulier comme ressenti.

Dans un des titres tu chantes en créole et en anglais. Comment t’es venu ce doux mélange ?

Le créole est une langue qui se chante et qui est très mélodieuse, comme l’anglais d’ailleurs, et ça m’est venu tout naturellement. Il y a des mélodies très inspirantes en créole et quand tu les transposes dans un autre monde, ça prend une autre dimension qui m’a beaucoup plu et qui m’a paru tout à fait naturel. C’est un métissage de la chanson qui me convient tout à fait.

Comment se passent généralement la composition de tes chansons ?

J’écris les paroles, les mélodies et les chœurs et après je co-compose avec Sylvain Rabbath et Aurélien Fradagrada qui sont les musiciens qui ont aussi travaillé avec moi sur cet EP pour les arrangements.

Quel est le disque ou la chanson que tu écoutes énormément ?

Je dirais « Come On Home » de Lijadu Sisters, et il y a aussi « Only You » de Steve Monite.

Si tu devais choisir entre la musique et le sport, que choisirais-tu ?

C’est impossible. J’espère que ce ne sera jamais un choix à faire. Mais on va dire que si je suis à Paris aujourd’hui, c’est que j’ai choisi la musique.

Justement, que t’apportent le sport et la musique ?

Le surf m’a apporté beaucoup d’humilité. Ça a été la plus grande école de la vie de grandir dans la mer et près d’elle. Ça m’a apporté aussi beaucoup de rigueur qui me sert d’ailleurs dans la musique. La musique m’apporte un moyen de méditer et de retranscrire les sensations, d’exprimer un monde de sentiments, et une poésie qui se réfère à des situations.

Quelle est ta drogue légale favorite ?

L’eau

Quel est ton geste de beauté quotidien ?

L’huile de coco

Quel est ton endroit favori pour te ressourcer ?

Dans un endroit où il y a de l’eau, ou sinon au pied d’un arbre, ou devant un coucher de soleil. Ça me fait un peu rêver d’ailleurs en ce moment où j’ai juste la vue sur le canal Saint-Martin.

Si tu pouvais nous proposer un livre, un film, et un disque qui t’ont marqué, ou qui t’accompagnent ?

Pour le film je dirais « La Belle Verte » de Coline Serreau. Pour le livre, je dirais « Siddhartha » de Hermann Hesse. Et pour le disque, n’importe quel album de The Durutti Column.

Quel est ton artiste culte ?

Nina Simone

Et ton sportif culte ?

Usain Bolt

Quelle est la première chose que tu fais en te levant le matin ?

Je regarde le ciel et le temps qu’il fait

Quelle était ton actualité dans les semaines et les mois à venir, avant le confinement ?

Le tournage du clip de « On my way » a débuté juste avant le confinement, du coup on reprendra dès qu’on en aura la possibilité, et il y aura certainement un deuxième clip cet été. Je devais jouer au festival de Cannes, ainsi qu’à Biarritz et à Paris. En septembre on se remet au travail avec mes musiciens pour préparer la tournée 2021.

Merci beaucoup Sibu Manaï et à très bientôt pour découvrir ton EP sur scène. Retrouvez toute son actu sur Facebook  Instagram

// Interview par : Isabelle Grand-Dufay

Interviews

// Le(s) commentaire(s)

  • Maëva
    le 25 mai 2020

    Bonjour, en tant que vraie Réunionnaise, je me permets d’apporter quelques précisions, puisque je ne vois pas son nom figurer dans l’interview. C’est simplement pour lui rendre justice et puis parce que bon c’est une reprise tout de même. Donc comme on dit “rendons à César ce qui appartient à César” 🙂

    “L’artiste poète” en question se nomme Alain Péters était une icône de la musique Réunionnaise, un génie de la musique très appréciè des vrais créoles, mais aussi par les français métropolitains installés sur l’Ile comme la chanteuse Justine Mauvin en l’occurrence.

    A savoir que le maloya classé au Patrimoine culturel immatériel de l’humanité depuis 2009 était à la base une musique jouée par les esclaves pour exprimer les peines et douleurs de ces derniers, musique qui était d’ailleurs interdite jusque dans les années 1970.

    Voilà voilà, un petit réajustement historique pour celleux qui ne savent pas. Je vous invite également à écouter l’artiste en question et d’autres. Histoire de vraiment retourner aux sources, pour celleux qui s’intéressent à la vraie histoire musicale de La Réunion.

    Je trouve que par respect pour la culture cela aurait été poli de remettre un peu le contexte historique et casser un peu ce cercle d’appropriation culturel. Enfin le b à ba du travail de journaliste quoi. Merci quand même 🙂

  • isabelle grand-dufay
    le 27 mai 2020

    Bonsoir Maëva. Je me permets de revenir vers vous suite à votre commentaire. Je vous invite à relire l’interview car le poète Alain Peters est bien nommé dans l’article. Bonne lecture.

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