Mamusicale

//RENCONTRE – “TOUT EST PLUS POP” AVEC JULIE ZENATTI

Interview Artistes, Pop | 14 décembre 2020

Après sept albums studio, c’est avec joie que l’on redécouvre Julie Zenatti avec son nouvel opus “Refaire danser les fleurs” dont la sortie est prévue le 22 janvier. L’artiste se confie à Mamusicale sur ses débuts, sa passion pour la musique, ses rêves, son évolution…De “Fragile” à “Refaire danser les fleurs”,  c’est une musicienne réinventée, pleine d’humour et de bonne humeur que je rencontre.

Bonjour Julie, tout d’abord, comment vas-tu ?

Ca va plutôt bien merci ! Nous sommes en finition de la préparation de l’album, qui forcément a été bousculé ces derniers temps. Il va enfin sortir et c’est un bonheur !

Ce nouvel album intitulé “Refaire danser les fleurs” sortira le 22 janvier, tu en es la productrice, que représente t-il pour toi, quelle est la ligne directrice ?

Cet album est un peu particulier, avec ma posture d’auteure et compositrice, je suis devenue la productrice de ce projet. C’est parti au départ d’un désir de tenter des choses musicalement et puis ensuite de fil en aiguille d’aller chercher un peu plus loin, par une production, une deuxième production… et puis finalement de se dire, j’ai une équipe en qui j’ai confiance, qui aime travailler avec moi et avec qui j’aime travailler, pourquoi pas ne se lancerait-on pas dans la grande aventure d’un projet que l’on porterait tous ensemble, un peu hors cadre.

J’ai toujours été habituée à évoluer en maison de disque depuis vingt ans. Je me suis dis pourquoi pas tenter une nouvelle aventure beaucoup plus artisanale et plus proche de ma façon de concevoir ce métier. Je me suis donc lancée dans ce nouveau poste de productrice, entourée de gens très bienveillants. La plupart d’ailleurs sont des gens que j’ai rencontré via des maisons de disque et qui aujourd’hui, sont indépendants. Finalement, tout ce parcours et ces rencontres m’ont mené à une forme d’indépendance et aussi une autre liberté que je n’avais pas conscientisé au moment où j’ai commencé à faire de la chanson.

Dans cet album tout est plus pop, comme le décrit un de tes titres. On sent les influences France Gall, les années 80… mais sur un son très moderne, à ta façon, est-ce que tu te réinventes à travers à ce nouvel opus ?

Je ne pense pas que je me réinvente, c’est le terme le plus simple pour dire que je bascule vers autre chose. J’ai l’impression que c’est une continuité de mon travail, c’est-à-dire que j’évolue dans ma manière d’aborder la musique et je me défais aussi de codes ou qui m’appartenaient ou qui étaient liés à l’industrie dans laquelle j’évoluais.

Je pense tout simplement que ma musique prend une autre forme de liberté qui me correspond à l’instant T. Je me suis vraiment inspiré des années 70, 80… la musique de mes parents quoi ! Et je me suis rendue compte que c’était là-dedans que je me sentais réconfortée. Cette musique là me donne du bonheur. J’avais surtout envie pour cet album d’être un peu plus dans quelque chose de lumineux, dans une énergie positive !

Tes titres riment avec joie, fraîcheur mais tu évoques aussi certaines questions de la vie, les désillusions etc… Est-ce que cet album est une mise à nu ?

Un album est forcément une mise à nu, car c’est comme un journal intime, c’est évident que l’on s’inspire de ce que l’on vit. Mais j’ai le sentiment que quelque part, on est dans des idées, des positions qui sont assez affirmées. C’est-à-dire que je suis plus, comparativement à mes autres albums où j’étais peut-être plus victime de l’amour, de l’amitié etc… sur des constats liés finalement à mon vécu. J’ai quarante ans quand même, j’ai un petit peu vécu (rires).

Tes clips sont très colorés, plein de vie. Quelle est ton implication dans les tournages ?

Je suis toujours très impliquée dans mes clips, je pars rarement à blanc. Je partage mes envies avec un réalisateur, mes références, le style d’images que j’aimerais etc… Quand j’écris j’ai le son en tête, mais également les images. Pour moi c’était très important aujourd’hui de faire des clips qui me ressemblent. Non pas que les autres ne me ressemblaient pas, il y en a beaucoup dont je suis fière mais de manière générale, j’avais une tendance à lisser les choses.

Là j’avais envie d’un nouvel aspect que j’ai un peu exploité dans “Tout est plus pop” mais que j’ai poussé dans “Paisiblement fou” : c’est l’humour. Ce n’est pas parce que l’on est considéré comme une chanteuse à voix qu’on ne peut pas avoir de l’humour. Je suis plutôt quelqu’un qui a beaucoup de second degré et surtout par rapport à ce profil de chanteuse à voix. Donc je trouvais ça assez chouette de mettre de la légèreté, de l’humour, du second degré, ainsi que des références assez cinématographiques des années 70, très graphiques. C’est aussi ma culture, et j’avais envie d’insérer tous les codes qui me nourrissent au quotidien, et que je n’ai pas forcément exploité auparavant.

Quel est le morceau qui te correspond le plus dans ce nouvel album ?

Alors ça, c’est dur ! (rires) Je n’ai pas encore digéré l’album donc c’est difficile. Pour moi cet album, c’est une seule histoire. Mais la chanson qui me ressemble le plus je dirais que c’est “Crocodile en croisière”. Ce morceau évoque ce trouble de femme qui bascule vers une nouvelle dizaine, j’ai la chance d’être maman et de faire un métier que je kiffe, mais j’ai un profond besoin de solitude et de liberté et je dirais qu’on a tous un côté où l’on se sent emprisonné, en particulier en ce moment, et l’on ressent tous ce besoin de lointain, d’horizons, de rêves et d’imaginaire.

Parfois il nous manque peut-être un peu de temps pour pouvoir accéder à tout ça.  Je dirais même que c’est sans doute la chanson la plus honnête, car je ne dis pas forcément des trucs cool sur moi, comme le fait que je peux me sentir un peu hasbeen, je ne me caresse pas du tout dans le sens du poil. Donc “Crocodile en croisière” me correspond le plus par rapport à ça.

Justement  après vingt ans de carrière, un début très jeune avec Notre-Dame de Paris, quel est ton rapport avec la musique aujourd’hui ?

Aujourd’hui je me sens bien, car j’ai pris la décision de m’écarter d’une forme de business qui ne me correspondait pas. J’aime énormément le chant, mais si j’ai commencé c’est un hasard. Ce n’est pas que je ne voulais pas être chanteuse, mais je ne m’envisageais pas dans une comédie musicale qui devienne un carton et qui me fasse entrer, entre guillemets, dans la lignée des plus belles voix de France, ou les étiquettes qu’on a pu me coller.

Un jour on me collait une étiquette “brillante” et ensuite on parlait des chanteuses à voix qui n’avaient rien à dire. Je n’ai pas mal vécu tout ça mais c’est vrai que c’est compliqué quand on a pas imaginé avant que ça puisse arriver un jour. Je n’ai pas eu le temps de l’imaginer ni de l’espérer finalement, c’est arrivé.

Ensuite j’ai été prise dans un espèce de tourbillon avec mon titre “Si je m’en sors” qui est devenu un carton. Je suis ravie et tellement fière que cette chanson soit devenu le single qui a fait de moi une chanteuse et une auteure. Je n’ai pas honte de ce morceau, je l’ai écrit, je l’aime toujours autant, mais c’est vrai que lorsque l’on évolue dans ce business, on est pas forcément toujours confronté à de la musique.

On devient un chiffre, un classement, on devient un rendement. Et quelque part, de manière très implicité, on commence à se dire qu’il faudrait faire ça plutôt qu’autre chose, car les gens ont l’air d’apprécier ça… mais c’est très implicite. Je pense que c’est pour ça que j’ai pu faire des choses, ou ne pas faire des choses, qui n’étaient pas aussi bien pesées par rapport à ce que je suis.

Aujourd’hui je me sens parfaitement à ma place dans mon rôle d’auteure, productrice, compositrice. Le public m’a donné cette place aussi, j’ai de la chance d’avoir une communauté. Même si je trouve que les labels font un travail merveilleux aujourd’hui par rapport à l’accompagnement des artistes, je crois que moi, je me sens trop vieille pour ça ! (rires) Il faut que j’évolue avec mon rythme et mes objectifs.

Tu te produiras à la Cigale le 28 mars, est-ce que tu travailles tes live différemment ? Surtout pour ce nouvel album qui est très différent.

C’est un album qui est très musical, et j’ai très envie de conserver ça. Car j’ai composé cet album déjà comme un live. Ce live sera plus musical que visuel. J’ai toujours été très libre sur la scène pour faire les choses, j’ai toujours travaillé avec des producteurs de scène qui ont respecté ma position d’artiste dans le sens général du thème. Et surtout je travaille avec des musiciens qui me considèrent comme une musicienne. Il va falloir que j’envisage ce live autrement, je vais devoir réinventer mes anciennes chansons pour pouvoir les faire rentrer dans cet univers. Ce sera avant tout un spectacle très musical, j’ai envie qu’il donne la pêche aux gens car je pense qu’on en a super besoin !

Aurais-tu un conseil pour les jeunes artistes ?

Ce que je dirais à un jeune artiste aujourd’hui c’est qu’il n’y a pas de règles. Il n’y a pas de bon ou de mauvais chemin. Ce qui doit conditionner un artiste avant tout, c’est l’envie d’avoir quelque chose à dire. Pas l’envie de passer à la télé ou de gagner des concours, ce sont des envies que l’on nous a imposé quelque part à un endroit en disant qu’il fallait être performant. La musique peut être une performance sur scène, ou dans un clip mais quand le musique peut toucher les gens, ce n’est pas une histoire de performance, mais d’honnêteté.

Je te laisse le mot de la fin, comment décrirais-tu ton album ?

Question difficile ! Je suis productrice mais pas directrice marketing, je ne sais pas faire ! (rires) Alors, je dirais que pour ceux qui me connaissent et qui aiment mon travail, vous retrouverez des chansons tristes avec du piano, ne vous inquiétez pas, je ne vais pas que vous faire danser, ce n’est pas un album de gym ! (rires) Et pour ceux qui auraient des aprioris me concernant, je leur propose juste d’être un peu curieux car on peut toujours tomber sur une bonne surprise !

Merci Julie pour cette interview sincère ! Voici le clip coup de cœur de Mamusicale “Paisiblement fou”.. Toute son actualité sur Instagram      Facebook 

// Interview par : Camille Mutin

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