Mamusicale

//Interview : Les 4 saisons par Tessae

Interview Artistes, Musique Urbaine | 13 septembre 2020

Remarquée par Booba et propulsée sur le devant de la scène grâce à sa chanson « Bling » qui a cartonné sur Tiktok, Tessae dévoile ce 4 septembre « été ». La suite d’une série d’EP sortant à chaque saison de l’année, comme un rendez-vous fidèle entre son public et elle. Tessae y raconte des moments de la vie et de ses déboires, à la croisée entre mélancolie et lumière. Mamusicale a eu la chance de la rencontrer, deux jours avant la sortie de son EP.

 

Tout d’abord, pourrais-tu te présenter brièvement ?

Moi c’est Tessa, j’ai 19 ans, je viens de Marseille et je fais un peu de musique dans ma vie. Je ne saurai pas trop comment me catégoriser comme artiste, du coup je dis généralement que je fais juste de la musique.

Tu as récemment sorti le clip de « salope », peux-tu me raconter l’histoire de cette chanson ?

Je parle de harcèlement de rue, n’importe lequel, que ce soit juste se prendre une insulte, jusqu’au viol. En tant que femme, j’ai déjà vécu ce genre de situation, mes sœurs aussi, sur les réseaux aussi. En ce moment, chaque jour je me connecte et je vois un témoignage d’une femme qui se fait harceler dans la rue. C’était un ras le bol et j’en ai fait un son.

Être un artiste engagé, tu penses que c’est important aujourd’hui ?

Oui quand même. Ça ne me serait jamais venu à l’esprit de me dire « ok je vais faire quelque chose d’engagé », de poster un message par rapport au harcèlement de rue ou d’autres causes ,…  mais je pense que c’est important car la musique concerne beaucoup de personnes. Par exemple Billie Eilish a aidé des personnes qui n’étaient pas bien dans leur peau. Je pense que comme maintenant beaucoup de gens prennent exemple sur ce qu’ils peuvent écouter, ça peut être cool d’être engagé et d’essayer de changer les mentalités, d’ouvrir les esprits et de changer les choses à notre façon.

Le 4 septembre tu prévois de sortir l’EP «été», peux-tu m’en dire un peu plus sur son contenu ? L’ambiance générale,… En quoi sera-t-il différent de «printemps» ?

Il y aura toujours une ambiance lumineuse comme « printemps », mais  avec un côté mélancolique parce que ça fait partie de moi. Mais, vers la fin de l’EP, il y une intro qui s’appelle « #rdvcetautomne » qui va donner un avant-goût des prochains EP car ils seront plus dark. Du coup « été » sera un mélange entre toujours cette lumière et un côté beaucoup plus sombre. Je traite encore de sujets par rapport à ma vie, et aussi d’autres thématiques actuelles.

Et toi, comment s’est passé ton « été » ?

Je n’ai pas fait grand-chose à faire part de la musique. J’ai un peu bougé, j’ai fait de la musique à Lyon. J’ai aussi repris l’écriture de texte, parce qu’il y avait une période où j’étais en mode « je ne sais plus écrire de musique ». J’ai de nouveau de l’inspiration donc j’en ai profité !

Justement, quel est le moment/ mood idéal pour écrire selon toi ?

Moi généralement ça va être la nuit. La journée je n’y arrive pas trop, ce n’est pas du tout naturel de me dire « tiens je vais écrire », il faut vraiment que ça vienne d’un sentiment. Le mood je ne sais pas trop, souvent c’est quand j’ai longtemps réfléchi à ma vie, quand je me suis isolée ou qu’on me laisse seule,  je vais avoir le sentiment de devoir exprimer quelque chose. Ou bien une réflexion qui va tourner bizarrement dans ma tête,  je vais me dire « ah ça marche sur une phrase ! » et je vais écrire cette phrase. Et si j’ai une prod qui vient et qui reflète la dynamique de cette phrase, alors je vais commencer à écrire un texte dessus.

Tu es littéralement devenue une star de Tiktok avec le « Bling challenge » : Est-ce que selon toi la viralité est la condition pour réussir aujourd’hui ?

Malheureusement c’est un truc complexe aujourd’hui car il y a de plus en plus d’artistes qui essayent d’émerger. Pour moi, j’estime qu’il y a de la place pour tout le monde dans la musique, mais c’est vrai qu’il y a une compétition qui se crée. C’est à celui qui est le plus présent, qui est le plus mis en avant. On a besoin d’être vu pour se faire entendre quand on débute. Quand on est installé ça va, tu peux te permettre de ne pas être tout le temps viral.

Tu as lancé sur Instagram « l’advitam », où tu demandes à ta communauté de t’envoyer des souvenirs (positifs ou non) que tu utiliseras dans une chanson que tu adaptes au style de l’artiste de leur choix : quels sont tes objectifs à travers ce concept ?

Déjà d’essayer d’aider des personnes avec mes sons. Je reçois beaucoup de messages dans mes DM  qui sont assez durs, que ce soit des personnes qui veulent s’exprimer,  qui prennent mes DM comme journal intime, qui me disent « je n’espère pas une réponse de ta part, mais ça me fait du bien de pouvoir me livrer à quelqu’un sans jugement ». Du coup, dans ce concept d’Ad vitam, j’utilise toute la discussion avec la personne pour laquelle j’écris :  ça me permet de prendre ses problèmes au sérieux, et ça met un petit truc positif sur un souvenir qui ne l’est pas forcément. Il y a vrai côté humain. Ça permet d’aider les personnes à passer à autre chose, en écoutant une chanson par rapport à ça.

Pourquoi « ad vitam » ?

Si je ne me trompe pas, en latin ça rejoint la notion « d’éternel ». Une musique, c’est quelque chose qui dure tout le temps. Même si quelqu’un qui fait une musique à succès que plus personne n’écoute après, sa musique sera, elle, toujours là. A l’image du souvenir. Donc chanter un souvenir pour qu’il soit écoutable avec une mélodie, une instru. Il y a cette notion d’advitam autant dans le souvenir que dans la chanson.

T’attendais-tu à ce que les gens se confient autant à toi et comment gères-tu cette responsabilité et cet impact sur ta communauté ?

Alors déjà je ne pensais pas que ça allait prendre autant d’ampleur, genre vraiment pas (rires) !

C’est parti du confinement, et au début ça n’avait pas forcément pris, il y avait beaucoup de témoignages pas sérieux, en mode troll. C’est sur Tiktok que ça a pris de l’importance, et j’ai reçu de plus en plus de témoignages, de réactions. Mais il fallait que je fasse gaffe face à tant de messages:  j’avais au début beaucoup de mal à prendre du recul, et donc je pouvais me mettre tout seule mal à cause des histoires racontées. Maintenant, je sais que je parle de la vie d’autres personnes qui, dans la plupart des cas malheureusement, est très injuste. J’arrive à faire la part des choses, de ne plus me laisser atteindre par ce que je peux lire.

Tu as toi-même réussi à franchir des étapes compliquées dans ta vie (phobie scolaire, harcèlement) que tu racontes dans tes chansons, est ce que maintenant tu te sens épanouie dans ce que tu fais ?

Je suis le genre de personne pour qui il y aura forcément des périodes où mes démons reviennent et ça va m’emmerder un certain temps. Mais je sais que j’ai déjà réussi à passer outre, c’est la preuve que je suis capable d’aller au-delà de ça. Maintenant que j’ai toutes les clés pour me comprendre, pour gérer ces trucs-là,  il n’y a aucune raison pour que je n’y arrive plus. Ça m’a vachement ouverte et aidée à m’épanouir. Vu que je bosse aujourd’hui à 100% dans ma passion, évidemment que je suis vachement plus épanouie !

Quel est ton réseau social préféré ? Pourquoi ?

Oulala ! (rires) En vrai j’aime beaucoup Tiktok, car il y a vraiment de tout. Autant des trucs d’humour, sérieux ou artistiques : des dessins, la photo, la mode,… J’aime bien me perdre dessus !

Tu as su créer un véritable lien avec ta communauté sur Instagram : est-ce que tu arrives à garder cette même proximité sur Tiktok, vu que ce sont deux configurations très différentes ?

J’essaye d’être pareille sur tous les réseaux, mais sur Instagram je réponds à un maximum par messages, et ça crée une discussion. Alors que Tiktok je réponds juste aux commentaires, donc il y a moins cette logique de proximité. En plus sur Tiktok mes vidéos apparaissent plus facilement dans les suggestions des gens qui ne me connaissent pas, donc le lien est moins fort.

Quels sont tes hobbies hormis la musique ?

En ce moment je suis dans tout ce qui est dessin et peinture !

Quelle est ta destination de rêve ?

A chaque fois que je veux partir quelque part, je dis que je veux aller soit à LA soit en Grèce ! (rires)

Merci beaucoup Tessa pour le temps que tu m’as consacré !

Merci à toi, au plaisir !

 

Allez découvrir son EP « été » sur toutes les plateformes de téléchargement. Toute son actu sur Instagram, Tiktok, Twitter.                 Crédit photo : Eugénie Atinault

// Interview par: Marie Lecocq Pentel

Chroniqueuse album / Live report / Interviews

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