Mamusicale

//Faire (quand même) le tour du monde avec Le Frenchy de Thomas Dutronc

Interview Artistes, Soul / Jazz | 20 janvier 2021

Bonjour Thomas,

Mamusicale promeut la chanson française sous toutes ses formes. Avec ton dernier album, Frenchy, sorti en juin dernier, nous sommes dans le fleuron de la chanson française, puisque ce ne sont que des reprises. Le 4 décembre est sortie une réédition de ton album : 21 titres !

Les français ont apprécié ces reprises très jazz de leurs classiques, comme « la vie en rose » ?

Ah oui, la preuve, on a fait disque d’or. Les gens ont eu un bon bouche à oreilles. Le disque leur a fait beaucoup de bien et plaisir aussi.

En cette période, beaucoup d’albums sont passés inaperçus, donc c’est une vraie réussite !

J’ai eu de la chance. On est arrivés avec un concept assez fort, avec ces titres français qui ont fait le tour du monde, avec des invités incroyables comme Iggy Pop et Diana Krall. Tout de suite, ça fait une veine à un beau pitch. Les musiciens ont une sensibilité extraordinaire et quelque chose de magique. Je suis content du succès du disque. On ne peut jamais savoir si ça va marcher ou pas, mais ce disque a quand même plein d’atouts. Sur le papier, moi-même j’y croyais pas trop, je me demandais ce qu’on allait amener, mais quand j’ai vu les musiciens, je me suis dit que finalement on avait notre mot à dire, notre patte, je trouve que c’est bien.

Comment a été perçu à l’étranger cet album d’un petit frenchy ?

Le label Verve aux Etats Unis était emballé par le disque ; ils ont dit qu’on croirait du Jan Martens. Ils voulaient signer et sortir le disque là-bas. On a beau être sur itunes, il faut aller là-bas, faut faire des show cases, il faut faire parler de soi, engager une attachée de presse, il faut trouver des interviews.

A cause de la pandémie on n’a pas pu le faire. En plus le disque on l’a un peu fait pour ça. On ne s’est pas dit qu’on allait révolutionner le monde ou faire décoller notre carrière au niveau international ; mais on s’est dit qu’on pouvait mettre un pied dans d’autres pays, en Amérique, au Japon, en Allemagne. Je me suis dit que ce serait l’occasion pour moi d’y jouer, d’amener Rocky mon pote guitariste qui joue tellement bien, parce qu’il aime pas trop voyager ; que je pourrais en profiter pour traduire certaines de mes chansons. Une chanson comme « j’aime plus Paris », si on comprend pas les paroles, c’est pas très marrant, ou « comme un Manouche sans guitare ». Les mots sont importants. Je fais partie des gens qui ont besoin de comprendre les paroles. Par exemple, j’ai vu U2 en concert à Bercy, ça résonnait beaucoup et je comprenais pas bien les paroles et au bout de 30mns je me suis emmerdé, parce que c’est de la chanson, c’est pas de la musique.

J’avais tous ces projets. On devait même aller jouer dans des pays de l’Est. Tout est en attente.

Comment on monte un album aussi riche en termes de mélodies et d’artistes associés ? On ne les compte plus : Iggy Pop, Haley Reinhardt, Jeff Goldblum, Diane Krall…

On a vraiment fait tous azimuts. On a mis toutes les chances de notre côté. On ne pouvait pas les séduire comme ça. On a dû déjà leur faire écouter le résultat final, pas une maquette. Sinon, ils n’allaient jamais nous croire sur parole. C’est pas comme en France, si par exemple j’avais appelé Alain Souchon, je lui aurais expliqué, il m’aurait fait confiance. Là les gens ne me connaissaient pas. C’est Iggy Pop qui a dit oui d’abord et qui a ramené Diana Krall dans l’histoire. Quand elle a écouté le disque, elle m’a envoyé un mail, elle a voulu me parler, elle a dit que c’était super, le tempo génial, les solos parfaits. J’étais super content.

Pour mettre toutes les chances de notre côté, il a fallu d’abord enregistrer avec cette équipe de musiciens. Donc j’ai sélectionné moi-même, avec tout mon passé. Il n’y a pas de mystère non plus. J’ai quand même un pied dans le jazz et dans la musique de musiciens et ça fait la différence. Dans tout ce que j’écoute il y a rarement de la variété. J’aime toujours la musique quand c’est des grands musiciens, en jazz ou en rock. Hendrix ou BB Kings, ce sont des super zikos et ils sont entourés de super zikos. Quand c’est de la variété, des machines, j’aime moins. Je fais partie de la génération vintage et j’apprécie la performance des groupes. Je suis un peu seventie’s dans le cœur.

Rocky je le connais depuis plus de 20 ans, c’est le meilleur guitariste manouche de sa génération. Après, il fallait un bassiste, j’ai rencontré ce bassiste dans un club de jazz y’a 2 ans. J’avais halluciné sur son groove et son son et je voulais absolument lui. A la batterie, j’avais déjà repéré Denis, parce que je ne voulais pas que le batteur soit trop jazz. Je ne voulais pas d’un disque trop jazz, j’avais envie d’un batteur plus pop, straight, mais avec des supers sonorités. Lui c’est génial, il a été percussionniste donc il a des vieilles peaux, des timbres intéressants, des sons intemporels. Tous ces choix sont très importants et donnent une cohésion à l’ensemble. Après il me fallait un pianiste. Je connais quelques uns des grands pianistes en France, mais je ne savais pas trop auquel demander. Eric Legnini avait monté un groupe avec Rocky, mon pote guitariste, et le bassiste que j’avais choisi. Rocky m’a conseillé Eric, il ne se prend pas pour une diva, il aime bien les bonnes choses, il aime bien rigoler.

Ça compte aussi beaucoup quand on part sur la route. Il faut de la simplicité, de la bonne humeur et de l’enthousiasme. Eric il a l’habitude de travailler avec des chanteurs. Il était pas snob. On a fait des essais. Je me demandais quel était l’intérêt de faire des reprises comme la vie en rose. Quand je les ai fait jouer et que j’ai commencé à chanter dessus, je me suis dit qu’on avait une sensibilité tous ensemble qui nous permettait de faire quelque chose à nous.

Pourquoi une réédition ?

C’est la maison de disques. J’y connais rien à tout ça. Aujourd’hui on est noyés sous les projets, la com c’est très compliqué, les gens achètent de moins en moins de disques. On avait besoin de revenir pour Noël avec un accrochage, avec des bonus. On a réfléchi à plein d’histoires, plein d’idées. On aurait pu faire que deux trois titres mais je suis un peu devenu fou. C’est moi le producteur, donc j’ai pas trop regardé à la dépense. C’aurait été que moi j’en aurai fait plein des bonus. On s’est pris au jeu.

Tu n’as pas tout enregistré en même temps ?

Ah non, les bonus on les as faits en septembre octobre.

Comment as-tu choisi les titres ?

J’étais frustré parce qu’il n’y avait pas de Gainsbourg, ni des chansons de mes parents dans le Frenchy du mois de juin. J’ai oublié le pitch pour Noël vu qu’on est confinés et coincés en France et je me suis dit qu’on allait faire des chansons franco-françaises. Le choix s’est fait un peu au pif. J’ai pensé à des chansons faites pendant le 1er confinement, où je faisais des cours de guitare en direct sur FB live, une 50aine. Il y avait Gainsbourg, Le premier bonheur du jour. Il fallait que ça swingue aussi. J’ai voulu rendre hommage à mes parents, sur la seule chanson qu’ils ont écrite ensemble, avec Etienne, que je considère comme de la famille.

Tu as réussi à conserver l’univers de chaque artiste dans l’écrin de cet album : Katerine pour le décalé « Il y’avait des arbres », Birkin dans le très sensuel « Petits riens », le chaud « Le premier bonheur du jour » avec Clara Luciani, tu as choisi les titres en fonction des artistes ?

Ah oui, complètement. On a d’abord pensé à des gens, on leur a demandé s’ils voulaient participer au bonus et on leur a proposé les titres. Jane, on avait déjà chanté ce titre à Taratata. Eddy je lui ai proposé qu’un titre aussi. C’est un titre qui est très symbolique, c’est une des premières chansons que j’ai aimées dans ma vie. Quand j’étais enfant, ma mère me faisait écouter des chansons. Les trois dont je me rappelle c’est « La dernière séance », « Baîa » de Véronique Sanson et « Jamais content » d’Alain Souchon. Ma mère m’amenait les voir sur scène.

Le champ des possibles est vertigineux en termes de morceaux oubliés à refaire vibrer … un volume 2 en perspective ?

Oui, on y pense. Je le ferais un jour parce que j’en ai très envie. Il faut déjà que le volume 1 existe en dehors de la France. J’ai aussi mon projet de disque personnel que je veux faire. J’ai aussi d’autres projets de scène. J’ai pas mal d’envies. J’en parlais à mon manager, qui m’a dit « oh tu sais, on a tellement rien fait depuis un an, ça ne va pas nous faire de mal de tout faire en même temps ». il n’y a plus tellement de codes aujourd’hui, on va voir ce qu’il se passe. C’est sûr qu’un Frenchy 2 je l’ai déjà un peu en tête, et même un Frenchy 3 avec des chansons qui auraient du faire le tour du monde et qui ne l’ont pas fait : par exemple « La Javanaise » de Gainsbourg, «Syracuse » de Salvador, « La bicyclette » de Montand.

Tu n’as pas peur d’être enfermé dans une nouvelle image de chanteur de reprises après avoir été dans celle ce « fils de » ?

Si, c’est pour ça que j’ai un disque qui est presque prêt et que je vais faire bien attention à pas me louper. Ca m’a fait une belle image, assez classieuse. Après, les gens vous mettent toujours dans des cases, mais je m’en fiche. J’ai de bonnes chansons originales dans mon prochain disque, c’est ça qui compte.

Justement pour parler de ton père. Ca fait quoi de chanter de chanter les jardins de Paris avec lui ?

« Le petit jardin » c’était assez émouvant, parce que j’avais jamais connu mon père aussi gentil et attentionné. Il s’est donné du mal, impliqué et appliqué. Ca m’a beaucoup touché, d’autant qu’il n’aime pas trop cette chanson, alors qu’il a composé la mélodie. Ma mère non plus ne l’aime pas trop. J’ai voulu leur montrer qu’elle était bien. Ils ont bien aimé l’interprétation.

Tu as joué cet été avec Eric Legnini pour le festival de jazz de Vienne. Sans public. Comment vis-tu cette période ?

C’était un peu spécial, des concerts en vidéos. On avait pas monté de spectacle. C’était un peu du bricolage. Par contre en octobre, on a monté un spectacle avec les musiciens du disque, avec la batterie et tout le monde, plus trois cuivres, comme la formation de Taratata. Avec plein d’arrangements qu’on a fait écrire. C’est un vrai spectacle, avec un sketch, des pivots, des lumières… on a fait 5 dates à la Cigale, sur des demi salles. On essaie de voir pour Avril Mai pour rejouer.

Quels sont tes projets au cœur de ce confinement hivernal. Un nouvel album donc ?

Je peux pas trop en parler à part le fait que j’ai des chansons. J’ai hâte de le faire. J’ai commencé en 2012. Il me manque peut-être deux trois chansons.

Pour finir, c’est quoi pour toi le Frenchy d’aujourd’hui ?

Frenchy y’a un truc qu’on racontait. L’idée c’est mon manager qui l’a eue. Au début j’étais sceptique. Trump faisait du French bashing au niveau diplomatique. A cette occasion, on s’est rendu compte que dans le monde entier les gens adorent la France. Ça fait partie des destinations touristiques les plus connues, c’est le pays du bon vin, du bon fromage, des bons parfums, de la haute couture, des beaux paysages. Paris c’est la plus belle ville du monde, c’est la ville romantique, un pays où la vie est douce. On se plaint beaucoup mais on a de la chance !

Frenchy c’est l’art de vivre, la douceur de vivre.

Retrouvez toute son actu sur thomasdutronc.fr

©Yann Orhan

// Interview par : Laure Girardeau

Chroniqueuse / Live report / Interviews

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