Mamusicale

//Entrevue avec Fred Chapellier : ses 25 ans de Blues.

Interview Artistes | 21 septembre 2020

crédit : François Maincent

Pour la sortie de son double album ” 25 YEARS ON THE ROAD “, Fred Chapellier nous reçoit à Paris au sein de son label DixieFrog.

On est là pour évoquer la sortie de ton BEST OF qui retrace tes 25 ans de routes musicales, mais pour débuter, peux-tu  nous faire un survol des grands moments de ces 25 ans.

Vers 8/9 ans j’ai commencé la batterie. J’en ai fait 4 ans, encore aujourd’hui ça  m’apporte beaucoup. J’en fait toujours un peu. A l’âge de 14/15 ans je suis passé à la guitare. Un coup de foudre en essayant la guitare d’un pote, et pendant 10 ans de 1980 à 90 j’ai bossé la guitare 7/8 heures par jour  en autodidacte. Ensuite j’ai commencé à jouer en groupes. Au début des reprises des classic rock, Led Zep, Deep Purple, Hendrix, Dr. Feelgood mais aussi les 3 King (B.B., Alfred et Freddy) et Chuck Berry. J’ai fait mes armes avec mes potes dans les bars, les pubs. A cette époque il y avait énormément d’endroits pour jouer. A partir de 1993/94 je commence à composer au sein d’un groupe Kashmir. Et puis quand j’ai eu assez de titres j’ai fait un album sous le nom de Fred Chapelier Blues Band. Puis un second. Ces albums sont en français. Ensuite sont arrivés les textes en anglais sur les albums avec simplement mon nom Fred Chapelier.

Depuis, j’essaie de faire évoluer ma musique avec les mêmes bases que sont le Blues, la Soul, Rock et Funk. 

Dans ce parcours, à quel moment tu te dis, je vais faire de la musique à temps plein, devenir pro ? 

Je n’ai pas eu vraiment de déclic. A partir du moment où j’ai pris une guitare en main, je me suis dit c’est ça que je veux faire dans ma vie. A 14 ans je voulais devenir musicien professionnel. Bien sûr j’ai fait plein de petits boulots pour manger. J’ai eu cette chance de savoir ce que je voulais faire et j’ai tout fait pour y arriver. 

Je n’ai pas vraiment de méthode. Une chose est sure, c’est que ça ne marche jamais si je m’installe en me disant, compose. Il m’arrive de prendre la guitare pour m’amuser ou travailler mon touché, et parfois il y a un riff que je vais développer et qui peut devenir une chanson.

En revanche, tout ce qui est mélodie comme « Gary’s Gone » ou « Blues for Roy » sont des idées qui me viennent comme ça ! Souvent le matin, je le joue et l’enregistre sur mon téléphone pour ne pas perdre la mélodie.

Ça peut arriver durant un bœuf ?

Oui totalement. Il y a un morceau dans le BEST OF, « Set me free », c’est un morceau qui m’est venu sur une balance, j’ai lancé un truc, le bassiste a enchaîné et en dix minutes j’avais la structure du morceau.  Et j’ai vu un arrêt avec le chanteur qui disait « Set me free ». C’est devenu un morceau et même le titre d’un album.

Le français c’est terminé ?

C’est un choix délibéré mais pas forcément définitif. Le chant en français t’enferme dans les pays francophones. Le passage à l’anglais m’a permis de me produire en Allemagne, Norvège, Danemark et aux Etats-Unis. En novembre, je suis programmé au Danemark sur un très gros festival et ça c’est grâce au chant en anglais. L’autre raison, c’est que l’anglais sonne vraiment bien. J’ai également des amis américains, Neal Black, Billy Price qui m’écrivent des textes ou qui améliorent les miens pour que ça sonne 100% anglais.

Le français, j’adore ça, mais c’est vraiment très compliqué à écrire, et très compliqué à bien faire sonner sur du Rock ou du Blues.

Revenons à ce double album, quels ont été tes critères pour sélectionner les titres de ton BEST OF ?

On avait le choix entre 80 titres. André et François de DixieFrog ont fait leur liste, j’ai fait ma liste, on est tombé d’accord à 90% et les 10% restants ce sont mes envies et des inédits. Au départ ça devait être un album studio simple puis ça a dérivé sur un double avec des Live. 

Il y a 2 inédits dans ton BEST OF, « I’m A Ram » pour la partie Live et « Beyond The Moon – Part II » pour la partie studio. Pour quelle raison sont-ils sur ton BEST OF ? Ils ont bien vieilli dans les tiroirs ?

En fait je garde plein d’inédit à chaque album. Pour « Beyond The Moon » c’est un instru sur lequel j’ai ajouté du chant. L’autre c’est tiré d’un concert de 2008, et en réécoutant je l’ai trouvé top. 

Ce BEST OF est un regard posé sur 25 ans de ta vie artistique. As-tu vécu sa conception comme une introspection, un bilan ou plutôt un cadeau fait à tes proches, à tes fans ? Ou les 2 ?

L’idée c’est le cadeau. Je voulais faire plaisir à ceux qui me suivent et qui me supportent depuis longtemps en faisant un beau coffret. Egalement, un moyen pour ceux qui ne me connaisse pas de me découvrir. Ce double album est un bel ensemble, un bon tour d’horizon avec 34 titres studio et Live.

Effectivement, c’est un peu un supplice de réécouter mes albums. Je ne le fais que rarement car je suis rarement satisfait de ce que je fais ! Donc pour fabriquer ce BEST OF il y a eu quelques, « Putain, merde, comment j’ai pu sortir ça ». Mais je n’ai aucun regret car il y a aussi des bonnes redécouvertes. Tu passes par tous les états. Mais ça reste une expérience largement positive.

Pour évoquer la situation sanitaire, dans ton cas, cette période de covid et de confinement est plutôt créative ou c’est juste le Blues ?

Vu que cette période c’est du Blues c’est aussi super créatif ! On a déjà 15 titres pour le prochain album.

Du coup quel regard portes-tu sur l’avenir des spectacles vivants et de la musique en particulier ?

Comme dans le Blues en France on est richissime, il a suffi de débloquer un peu de cash de mon compte aux Iles Caïmans …

Plus sérieusement, j’ai tout de même la chance d’être dans  le business depuis 25 ans. J’ai donc des droits qui tombent, plus le statut d’intermittent, quelques concerts et des master class. Tout ça fait que ça va, pas fort mais ça va. En revanche pour les jeunes qui démarrent c’est juste la catastrophe. Je ne sais pas ce qui va se passer, ça va reprendre certainement très doucement.

Beaucoup d’artistes ont fait des Live sur les réseaux sociaux, qu’en penses-tu ?

Soupirs … C’est tellement impersonnel de jouer devant un écran ! C’est tellement pas ça la musique Live ! Je ne l’ai pas fait durant le confinement, je trouve qu’il y en avait trop.

Ceux qui ont eu envie de le faire ont eu raison et c’est très bien. Si je faisais quelques choses de ce genre ça serait maintenant parce que les concerts sont rares et que beaucoup moins d’artistes font des Facebook Live.

Le musicien est-il maudit ? Le piratage et les plateformes ont cassés les ventes de disques et le virus les concerts. Comment vit-on de sa création en 2020 ?

On est totalement maudit en ce moment ! C’est une période très compliquée. Plein d’artistes vont passer à la trappe !

Afin d’avoir un bon bilan carbone, tu te vois faire des concerts acoustiques éclairés à la bougie ?

Oui, ça reste de la musique jouée en Live. Tant qu’il y a des cordes qui résonnent, et du public. On se régale.

Le blues français c’est une famille ? Vous êtes proche les uns des autres ?

On se croise souvent, il y a pas mal d’endroit, SMAC, festival où l’on se croise. Et pour 98% on s’adore, on s’entend super bien. Bon il reste 2% … rires. 

Tu as grandi en écoutant quoi ?

Led Zep, Deep Purple, Hendrix, Luther Allison, les 3 King surtout, les premiers albums rock’n’roll de Johnny, pareil pour Eddy Mitchell avec l’album rocking in Nashville. Énormément de musique classique et en français surtout Brel.

crédit : Thierry Wakx

Ton dernier coup de cœur musical ?

Grant Haua, qui vient de signer chez DixieFrog. Un artiste Maori de Nouvelle-Zélande absolument fantastique. J’ai participé sur le morceau « This is the place ». 

Le morceau ou le groupe que tu écoutes en boucle ?

J’écoute surtout les anciens du Blues et ça sera à vie. J’aime beaucoup Michel Jonasz,  Placebo,  Muse. Mais ça te situe un peu mon degré d’ignorance de ce qui se fait en ce moment.

 Ton dernier concert en tant que spectateur ?

ZZ TOP au Zénith été 2019. 

Une salle ou une scène où tu rêves de jouer ?

J’en ai fait des belles ! Mais je n’ai jamais fait l’Olympia ni le Carnegie Hall à NY, ni le Royal Albert Hall à Londres ! 

L’artiste avec qui tu rêves de partager la scène ?

Michel Jonasz. Mais j’aimerais surtout l’amener sur un album très Blues. 

Un souvenir marquant sur scène ?

Un truc marrant, il y a 15 ans, c’était un jour super électrique au Avignon Blues Festival. On arrive sur scène, ça hurle. On n’a pas fait une note qu’ils sont déjà à fond !

J’harangue le public et au moment de démarrer le premier morceau je me rends compte que ma guitare est restée dans la loge … 

Ton actualité des prochains mois ?

Quelques dates de concert à vérifier sur le site fredchapellier.fr

Sinon tout se passe en ligne, la communication comme je le fais avec Mamusicale, même chose pour les ventes de CD sur mon site fredchapellier.fr/boutique

On pourra trouver le double album dans les bacs à partir du 25 septembre 2020. C’est triste mais on ne peut pas faire autrement. 

Tu as hésité à sortir ton BEST OF le 25 septembre plutôt que d’attendre une période plus propice ?

Non, parce que l’on peut attendre des années. Ce n’est pas un nouvel album, c’est un BEST OF, il n’y a pas la même urgence sur la communication. C’est même la première fois que j’ai autant de temps pour parler, échanger sur un de mes albums. Et n’oubliez pas que ça fait un beau cadeau pour Noël !

Un grand merci à Fred Chapellier.

Et ne manquez pas de découvrir ou d’explorer 25 ans de Blues français avec ce BEST OF de 34 titres.

// Interview par : Marc Tessier

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