Mamusicale

//ConveXation avec Clarika

Chanson française, Interview Artistes | 28 avril 2019

Clarika, on vous a retrouvée émue et pétillante à la Cigale le 3 avril dernier, sur A la lisière, votre 8ème album, sorti le 8 mars, jour internationale des Droits de la Femme.

Une sortie d’album ce jour-là, c’est un hasard ?

C’est un beau hasard. Il fallait une date début mars et celle-là s’offrait. Joli clin d’œil.

En tant que femme et artiste, quel est votre regard sur l’empreinte que vous avez laissée depuis 1994 ?

Oui, c’était mon 1er disque. Quand je suis arrivée en 1994, on n’était pas énormément de filles à écrire. Il y avait beaucoup de chanteuses mais des interprètes. J’étais au début d’une vague je pense. Après, j’ai fait mon chemin. Depuis, il y’a beaucoup de femmes et de filles qui sont là aujourd’hui et il y’a une vraie parité dans la chanson Française.

On vous retrouve bien déterminée, le regard vers le lointain sur cette pochette rouge carmin. Vous en mieux?

Oui, c’est moi aujourd’hui (rires). Déjà, j’ai fait un effort, je me suis mise en avant sur la pochette alors que d’habitude j’aime bien les mises en scènes. Là j’ai voulu quelque chose de simple et épuré, comme le propos de la première chanson : c’est frontal.

Quel est le chemin que vous prenez entre votre vie personnelle et vos chansons ?

En réalité ce n’est pas très important que les chansons racontent ma vie. J’écris des choses assez personnelles. Après, j’en fais ce que je veux. C’est toujours embêtant de se dire que les gens écoutent les chansons en se disant que ça m’est arrivé. Forcément, l’album précédent était assez axé sur mon histoire personnelle. Mais une chanson doit exister au-delà de celui qui l’écrit. Ça n’est surtout pas un journal intime. Il faut que ça résonne et ça doit représenter tout le monde et toucher l’autre. Je mets beaucoup de choses personnelles dans mes chansons ou dans mes portraits, parce que ça passe par moi, c’est moi qui écrit. Il n’y a pas une personne dans la vie et une personne qui écrit. C’est assez proche.

Puisqu’on parle de votre vie personnelle, vous avez réalisé 6 albums avec votre ancien compagnon Jean-Jacques Nyssen, sur celui-ci, il a composé deux chansons. Il est toujours un peu là …

Ça a été un partenaire de vie, mais aussi de travail et son avis a toujours été très important. Depuis deux albums, je lui ai toujours montré mes chansons, j’avais besoin de son avis. Ça fait partie des gens qui m’entourent pour qui j’ai beaucoup de crédit et dont l’avis m’importe. On se connaît par cœur et on a une complicité et un sens esthétique commun, et son regard, même si ce n’est pas le seul, est important.

Les gens qui vous entourent … comme Florent Marchet, avec qui vous avez commencé l’aventure musicale il y’a 10 ans (NDLR : « Moi en mieux ») et que vous embarquez dans cette suite. Comment se sont passées vos retrouvailles ?

Bien ! On ne s’est jamais perdus de vue entre les deux albums et on est amis. J’avais très envie de rebosser avec lui mais je ne savais pas trop sous quelle forme. Je lui ai envoyé un premier texte : La lisère, et le lendemain matin il m’a renvoyé cette musique que j’ai adorée.  Et le sur-sur lendemain il m’a envoyé une deuxième musique. Ça m’a beaucoup plu et touchée. Deux, trois chansons plus tard je lui ai demandé de faire tout l’album !

Ce choix d’un long instrumental au début de l’album, ça s’est fait très vite, c’est lui qui vous l’a proposé ?

Non, là c’est moi qui lui ai demandé. Il a écrit la chanson, il n’y avait pas d’instrumental, il y’avait une intro. Avant même d’avoir terminé l’album, je me suis dit que cette chanson serait et le titre de l’album et la première chanson. Je me suis dit que ce serait très beau si c’était une introduction très posée, très calme, aérienne. Je lui ai demandé une plage musicale sans paroles. C’est un compositeur et arrangeur très doué. C’est lui qui a écrit toutes les cordes et tous les arrangements.

Cette chanson on dirait une BO de film. Vous avez pensé ensemble l’univers musical de cet album ?

Sur cette chanson oui. En général on parle. Moi je lui confie des textes et je laisse faire. J’aime bien que ça revienne comme si ce n’était pas moi qui avait écrit la chanson. Ça me touche ou pas. La chanson c’est pas un truc cérébral. Moi j’aime et je suis très attachée aux mélodies. Quand la chanson revient, soit ça parle, soit ça parle pas. On parle de l’atmosphère. Sur la réalisation globale de l’album, on en a beaucoup parlé. J’ai choisi Florent parce qu’il a cette double casquette, à la fois très classique (il est capable d’écrire des arrangements cinématographiques) et il a une culture très pop aussi, que moi je n’ai pas. Il amène beaucoup, on a écouté beaucoup de choses, notamment avec François Petiot, le guitariste qui nous a rejoint et qui a coréalisé la partie pop de l’album. C’était un vrai laboratoire !

Pour rentrer un peu plus dans ces titres justement, une chanson poignante : « Le Désamour » … Vous avez trouvé des réponses à vos questions ?

(Rires) Non !

« Même pas peur », c’est votre mantra ?

Oui, c’est une chanson pleine de mauvaise foi. C’est un peu comme un gamin qui dit « Même pas peur je vais le faire », alors qu’il est terrorisé mais qui en même temps a envie d’y croire et se persuade et persuade tout le monde en le répétant à l’infini.

Le clip de cette chanson est très esthétique. Comment y avez-vous contribué ?

Là c’est une rencontre. J’avais vu le travail de Raphaël Neal, le réalisateur, qui est artiste plasticien, photographe, qui a fait un 1er long métrage. Il a beaucoup de personnages étranges, de personnalités fortes, parfois dans des univers assez oniriques.

On s’est rencontrés au moment où je faisais une mise en scène pour les créatures de Mme Arthur et l’idée est venue de travailler avec ces personnages sur le clip. Je trouvais ça beau de mettre en avant des gens qui assument leur différence. Il y’a un des comédiens de Mme Arthur qui nous a rejoint, ainsi qu’une femme et une drag-queen. C’est lui qui a écrit cette histoire. Très vite est venue l’idée de le faire à Venise. On avait le choix entre Brighton et Venise. Mais Venise il y’avait quelque chose de tellement désuet et fascinant …

Vous avez fait un certain nombre de jolis duos en 20 ans. Pourquoi Pierre Lapointe sur « Venise » ?

La chanson, vraiment. Je n’avais pas d’idée préconçue. D’ailleurs au début il n’y avait pas de duo. Mais j’aime beaucoup avoir un ou deux duos. Très vite, cette chanson s’est imposée. Le nom de Pierre Lapointe est sorti du chapeau parce qu’on le connaissait l’un et l’autre de manière artistique et un peu plus personnelle et qu’il rentrait bien dans l’univers de cette chanson. Cette chanson-là, c’était vraiment lui.

Pareil pour vos concerts et cet univers scénique auquel vous êtes sensible. Comment faites-vous pour renouveler sans cesse votre identité visuelle ?

C’est grâce aux collaborations. Je travaille depuis longtemps avec un réalisateur lumière, Emmanuel Nourdin. Chaque fois on réfléchit ensemble et il m’amène l’idée qui fait que c’est pas pareil et que c’est toujours bien. A chaque fois, j’ai peur parce que chaque création je trouve ça tellement chouette ce qu’il fait, que la fois d’après il ne faut pas décevoir. Le spectacle précédent, il avait fait un ciel de plumes. Là il a imaginé une lisière. Il part des chansons. C’est très important pour moi. J’aime vraiment que chaque nouvelle tournée soit identifiée différemment dans le visuel. Ça amène autre chose que la musique.

Est-ce qu’à chaque fois vous réinventez des petits sketchs, vous improvisez ?

J’improvise avant, je travaille avec un dictaphone, je cherche des choses. Je ne les fixe pas vraiment mais je sais de quoi je vais parler à ce moment-là. Je pense qu’on ne peut pas être génial tous les soirs. Moi je ne suis pas capable d’improviser bien à chaque fois. Chaque soir c’est un public différent, donc on peut offrir une base qui soit solide et après les choses viennent. Au début ça dure 2mns et à la fin de la tournée parfois 15mns (rires). La précédente tournée ça s’allongeait de plus en plus. Donc là je suis partie sur une base assez courte. Mais je réfléchis bien parce que je sais que c’est quelque chose que les gens attendent dans mes spectacles. C’est presque ce qui me fait le plus flipper !

Et comment se passe le début de cette tournée ?

La Cigale c’était la 5ème date donc, c’est vraiment tout frais. On était sur des petits ajustements, dans les liens, dans l’ordre, dans les interventions. On se corrige à chaque spectacle. Là on sent qu’on l’a notre truc. La tournée va s’étaler dans le temps. Il va y’avoir quelques dates d’ici l’été, comme au théâtre de la mer à Sète, où il va y avoir un double plateau avec Clara Luciani ; mais c’est à l’automne que ça commence, dans des théâtres et des centres culturels.

Vous n’êtes toujours pas abonnée à Cheminée de France ?

Non, toujours pas ! (Rires) … Mais je suis prête à le faire !

Et puisqu‘il paraît que vous êtes coutumière des petits miracles, vous pouvez nous dessiner un carré convexe ?

Clarika : (Rires) Oula, alors, je ne sais pas dessiner mais je vais essayer de faire quelque chose !

Retrouvez toute son actu sur clarikaofficiel.com

crédit photo : Julie Oona et Vincent Le Gallic

// Interview par : Laure Girardeau

Chroniqueuse / Live report / Interviews

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