Mamusicale

//Barbara Carlotti en « e-interview », à l’occasion du Champs-Elysées Film Festival

Chanson française, Interview Artistes | 5 juin 2020

Mamusicale s’adapte aux événements et a « e-interviewé » à l’occasion du « Champs Elysées Film Festival »  Barbara Carlotti, qui va ouvrir en musique cette 9ème édition un peu spéciale (et totalement gratuite !), qui va se dérouler on line du 9 au 16 juin via  champselyseesfilmfestival.com

Bonjour Barbara,

Tout d’abord, comment avez-vous vécu cette période de confinement ?

Un peu comme tout le monde, pleine d’angoisse et en même temps c’était un peu un moment de retour sur soi. Je n’avais pas vraiment le cœur à travailler pendant ce moment-là. Mais j’ai regardé énormément de films et écouté énormément de musique, ça a fait du bien !

Vous avez chanté pendant cette période un de vos morceaux avec le talentueux saxophoniste Thomas de Pourquery. Vos univers sont bien différents. Vous êtes habituée des duos, mais là vos univers sont très différents. Pourquoi celui-ci ?

J’ai fait plusieurs duos pendant le confinement. J’en ai fait un avec Bertrand Belin, j’en ai fait un avec Thomas. Ce sont des amis proches, on se donnait des nouvelles régulièrement et ça donnait du baume au cœur de faire de la musique ensemble, même à distance. J’adore la voix de Thomas, j’adore ses disques, je suis fan de lui aussi. Ça faisait longtemps qu’on s’était dit qu’on ferait un truc ensemble, donc c’était l’occasion de le faire. On voulait envoyer une chanson d’amour à l’Humanité. (découvrir le titre sur  www.fip.fr.)

Vous avez aussi joué « Voir les étoiles tomber » de votre album « Magnétique », pour les Inrocks TV en direct de chez vous. Comment avez-vous vécu ce partage d’un titre public depuis ton intimité ?

Alors, j’étais un peu divisée là-dessus. Au début je trouvais que c’était super de le faire, quand on a eu une dizaine de concerts annulés, c’est un peu dur d’accuser le coup. Mais finalement le fait de jouer des choses pour les gens pendant le confinement, c’était rassurant de voir que la musique ne s’arrêtait pas. C’était assez amusant de se rendre compte qu’il y’avait des chansons qui prenaient particulièrement sens dans ce contexte, c’est pour ça que j’ai choisi « Voir les étoiles tomber ». D’ailleurs j’ai aussi chanté une reprise de Daho, je la jouais pour moi tous les jours pour me consoler, d’une certaine manière, de ce qui se passait. J’avais l’impression que la musique c’était une espèce de point d’ancrage qui adoucissait un peu les conditions du confinement.

Vous avez déjà un peu répondu, mais ce confinement vous a-t-il permis de composer davantage, ou bien différemment ?

Pas trop… C’est vrai que je n’étais pas très concentrée, j’étais à l’affut des nouvelles, à prendre des nouvelles de mes amis, à essayer de pas trop flipper. Le fait d’écouter beaucoup de musique, et puis on a un album en cours en hommage à la Corse, fait qu’on a quand même pas mal travaillé. Les choses en cours, ça nous a permis de les faire avec plus de temps et d’attention que d’habitude. On a très bien travaillé sur ces projets-là. Après, moi pour composer, c’était pas du tout une période agréable, parce que j’étais trop inquiète. Je pense qu’il faut avoir de la liberté et un peu de calme pour pouvoir créer. On n’avait pas ces conditions. J’au composé à la toute fin du confinement. J’étais assez traumatisée par la mort de Christophe parce que je sais qu’il avait encore beaucoup de choses à dire et à faire et c’était un artiste que j’adorais. En plus, on avait partagé la scène ensemble sur un spectacle, on avait fait des créations radiophoniques ensemble ; donc ça m’a beaucoup affectée. Du coup, j’ai écrit à la toute fin, le temps de digérer tout ça. J’avais envie de lui écrire une chanson en hommage.

Elle va paraître cette chanson ?

Je ne sais pas encore, elle est encore à l’état de travail. Peut-être que sur le prochain disque elle sera là. J’espère ! Comme j’ai envie de lui dédier une chanson, j’espère arriver à quelque chose dont je suis contente et dont je peux imaginer qu’il aurait été content de l’entendre.

Vous êtes intermittente depuis plus de 20 ans. Quel est votre regard sur ce statut en cette période trouble ?

Je pense qu’on a une chance folle d’avoir ce statut en France et qu’’il est important pour l’ensemble des gens qui travaillent dans la culture. Mais les annonces qui ont été faites ne sont absolument pas précises sur la fameuse année blanche, le chevauchement de tigre ? Cela fait plus de 15 jours que l’annonce a été faite qu’il y’aurait des mesures pour la culture et on n’en voit pas vraiment précisément le bout. Je suis toujours assez inquiète et je pense qu’il y’a beaucoup de gens qui vont être impactés très fortement et qui vont, même s’ils ne perdent pas directement leur statut, ne pas pouvoir retravailler dans les salles de concert avant un certain temps. Je pense qu’il y’a beaucoup de gens qui sont en danger, notamment les techniciens, qui sont là pour mettre en valeur nos concerts, le son, les gens qui travaillent dans les salles, les accueils, eux ils sont encore plus impactés que les artistes. Je trouve que ce qui se passe là-dessus est désastreux.

Parlons maintenant du Festival, qui débute la semaine prochaine, le 9 juin, quelles sont les raisons de votre implication ?

Les raisons sont simples : J’ai réalisé mon premier court-métrage qui est une comédie musicale l’été dernier, qui est sorti il y’a pas très longtemps ; d’ailleurs, toutes les projections de mon film ont été annulées avec le confinement. Il était censé être projeté dans des festivals en Italie et en Corse. Et puis à « Côté Court » à Pantin, où il y’avait une série de projections pour le mettre en valeur.

Donc je suis très heureuse que le Festival des Champs Elysées, qui avait prévu de programmer mon film, maintienne sa programmation.

Justine Lévêque a beaucoup aimé mon film et m’a proposé de participer au Festival, à la fois en tant que programmée, mais aussi en tant que chanteuse, de faire le concert d’ouverture et de faire partie du jury. J’étais hyper contente d’embrasser totalement le Festival, à la fois sa programmation musicale et cinéma, de cette manière. Après, un festival c’est beaucoup de gens qui se rencontrent, qui discutent de cinéma de visu, qui vont dans les salles. J’avoue que la salle de cinéma me manque énormément en ce moment. Je suis très contente qu’ils le fassent, c’est un beau festival de cinéma indépendant, loin des sentiers battus, qui met en valeur des productions originales, donc je suis très contente de participer même si ce n’est pas la vraie version du Festival. Je pense qu’ils ont à cœur de recommencer un vrai Festival. Un Festival, c’est aussi une occasion de fêter le Cinéma et la Musique.

Il y’a 10 ans vous participiez déjà à des projets en rapport avec la musique et le cinéma, notamment des années 30. Quel est votre rapport au cinéma, à part le fait que les salles obscures vous manquent ?

Je regarde énormément de films. J’ai dû regarder un film par jour depuis le début du confinement. J’ai bien complété ma cinéphilie. Le cinéma pour moi, c’est une forme hyper complète et importante. C’est un peu l’opéra d’aujourd’hui. Je ne sais pas quoi dire de précis parce que j’aime tout dans le cinéma. C’est un art avec lequel je vis quotidiennement.

Vous n’avez pas un style, ou une période particulière dans le cinéma ?

Non, mais c’est vrai que si j’ai fait une comédie musicale, ce n’est pas par hasard non plus. J’ai un vrai goût pour la comédie musicale et musique au cinéma, les films musicaux. C’est une passion totale ! C’est une manière de montrer la musique à l’image qui m’intéresse et qui m’excite.

Vous présentez donc un court-métrage que vous avez réalisé : « 14 ans ». Pouvez-vous nous en dire davantage ?

C’est une comédie musicale syn-pop dans la montagne corse. Ça allie à la fois mon goût pour la musique des années 80, puisque ça se passe à la fin des années 80 et mon attachement à la Corse et aux paysages corses. J’avais vraiment envie de montrer mon village. Je reviens sur un souvenir d’adolescente, une sorte d’épiphanie musicale et sensuelle dans la montagne corse. C’était une manière pour moi de raconter ce souvenir et en même temps lui donner toute la magie qui m’est restée de cette époque-là.

Un peu à la Abdellatif KECHICHE ?

Il y’a plein de références possibles. J’avais revu le film Abdellatif KECHICHE. J’étais plus sur des teen-movies des années 80, de John Hughes par exemple, ou même Grease ; des comédies musicales que j’avais vues jeune, ou John WATERS Cry baby, plutôt ce registre là ; avec cette idée des découvertes que l’on fait à l’adolescence, qui sont très importantes et qui vont nous guider un peu toute notre vie. Cette épiphanie musicale un soir en boite de nuit en Corse, ça a été très fondateur pour mon goût pour la musique.

Vous êtes ambassadrice de la nouvelle section « Musique et Cinéma » et membre du jury court-métrages. Quel est ton regard sur la place des femmes dans le monde de la Musique et dans celui du Cinéma ?

Déjà, « 14 ans », c’est un film d’une bande de filles. Il a aussi ce sens-là, de 3 gamines qui veulent prendre leur indépendance. Je pense que c’est pareil dans toutes les strates de la société et dans tous les milieux, la femme a souffert d’une place minoritaire. Ça s’est quand même largement ouvert depuis une 15 aines d’années, où on voit beaucoup plus de femmes réalisatrices représentées, légitimées. C’est important d’ouvrir son regard et d’encourager les femmes, qui ont été, depuis toujours, moins mises en valeur même dans les métiers artistiques. Il y’a eu des grandes réalisatrices à toutes les époques. SI on remonte aux débuts du cinéma, une des premières réalisatrices c’était Alice GUY. L’idée c’est de mettre un coup de projecteur sur le travail des femmes et c’est important de continuer à le faire. Dans la musique, c’est un peu pareil. Moi j’ai plutôt souffert que quand on est auteur compositrice interprète, on nous appelle chanteuse, mais en fait on fait aussi la musique, on compose, on arrange, on fait bien d’autres choses que simplement chanter. Il faut toujours plus affirmer que c’est travail complètement équivalent à celui des hommes et de la même teneur et importance.

Vous allez ouvrir les festivités en musique. Dans quelles conditions ?

On n’avait pas trop le choix, donc j’ai fait un concert chez moi. Comme j’en avais un peu marre de faire des concerts toute seule, avec moi et mon clavier, comme on était déconfinés, j’en ai profité pour inviter mes musiciens. On avait pas joué depuis tellement longtemps … depuis 3 mois. J’étais dans un état d’excitation, de joie totale de pouvoir rejouer de la musique avec eux. C’était vraiment un moment super joyeux. On a filmé avec un iphone, posé sur mon piano, en essayant de caler tous les musiciens dans le même plan dans un tout petit espace, donc il y’a un petit côté « Do it yourself ». Mais en même temps, c’est le contexte et la joie qu’on ressent à jouer ces chansons qu’on n’a pas jouées depuis si longtemps pourra être partagée par les gens qui regarderont la vidéo.

Alors justement, quels sentiments cela procure d’être « e-artiste » ? Cela a-t-il créé des nouveaux rapports avec le public ?

Ça change plein de choses. Je préfère vraiment les concerts live. C’est une énergie qu’on partage. On sent le public qui est devant nous. Ce que j’aimais bien dans les concerts confinés, c’est quand on était vraiment en live total et qu’on avait des rections des gens en direct, parce que ça nous rapproche vraiment du public. Ça j’ai vraiment beaucoup aimé. Après, je trouve que le spectacle, la musique, c’est aussi de la mise en scène, c’est aussi des lumières, tout un décor qu’il ne faut pas oublier. Personnellement, je suis pour continuer du lien, via les écrans, mais c’est pas une finalité en soi. Pour moi, ça doit rester périphérique. Je pense que la vraie musique, telle qu’elle doit être entendue, elle s’écoute en live, dans le moment, avec l’énergie des gens et celle qu’on peut mettre sur scène et tous les gens avec qui on travaille, qui font la lumière et le son et qui mettent en valeur ce qu’on fait. Je pense que le côté e-artiste est un peu limité.

Créatrice musicale, chanteuse, actrice, danseuse, animatrice radio et maintenant réalisatrice. Y’a-t-il des domaines que vous souhaiteriez encore explorer ?

Le domaine artistique c’est un domaine multiple, quelle que soit la forme que ça prend. Quand j’ai fait de la radio, c’était au service de la musique, mon film aussi. Pour moi c’est un cadre le fait d’expérimenter des nouvelles formes. Je suis toujours preneuse de nouvelles formes, il faut tout expérimenter ! Le fait de composer, de chanter, de mettre en scène, d’avoir fait chanter des adolescentes pour mon film, j’étais très heureuse de composer pour d’autres gens au service d’une narration. Même passer des titres à la radio, de partager la musique avec les autres comme j’ai fait sur France Inter, c’était une expérience galvanisante parce que c’est aussi une manière de montrer les choses qu’on aime, qui nous habitent, qui sont des références pour nous. Mon objet de prédilection, c’est la musique. Après, il y’a mille façons d’en faire et de la mettre en valeur.

Comment envisagez-vous l’avenir ?

Bonne question. Je trouve que c’est un peu tôt pour se déterminer. J’espère vivement qu’on va retrouver plus de liberté, d’action, de parole. On vit une période très limitante, très contrainte, pas très épanouissante pour les individus. J’espère qu’on va garder l’enseignement de ce qui s’est passé là, qu’on va valoriser le travail des gens, l’écologie et puis la culture. C’est très important de ne pas oublier que si la moitié des gens ont réussi à tenir pendant le confinement c’est parce qu’ils ont pu écouter de la musique, regarder des films, lire des livres etc…

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Crédit photo : Elodie Daguin

// Interview par : Laure Girardeau

Chroniqueuse / Live report / Interviews

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