//La Passerelle.2, le disquaire café où il fait bon s’aventurer.

Interview Métiers de la musique | 24 février 2017

Mamusicale a rencontré Daniel, créateur du disquaire café « La Passerelle.2 » voilà quelques mois. Volontairement situé  tout proche du Bataclan, ce lieu prône les rencontres et les échanges autour d’un verre, lors d’un concert, d’une conférence ou d’une dédicace. Un lieu où on se sent bien.

 

Bonjour Daniel, pourrais-tu te présenter en quelques mots ?

Bonjour, je m’appelle Daniel Zanzara et j’ai ouvert ce lieu depuis 6 mois environ. Auparavant je m’occupais de gestion d’entreprise. Je suis originaire de Lyon et j’ai débarqué à Paris voilà 5 ou 6 ans maintenant. Plusieurs fois par semaine je me rendais à des concerts d’artistes de la scène indépendante. Mon côté militant m’a poussé à soutenir ces artistes et m’a donné envie d’être acteur afin de les aider dans leur développement artistique. Les choses se sont enchaînées tout naturellement et je me suis rendu compte que c’était réellement ce que je voulais faire. Cela correspond aussi à une évolution de la société qui devient de plus en plus anxiogène, où les gens sont de plus en plus renfermés sur eux-mêmes. C’était devenu indispensable pour moi de vouloir recréer du lien social et montrer que la musique et plus généralement la culture sont deux choses très importantes.

Quelle a été ta motivation et quel est le but de ce projet ?

Trouver un angle particulier pour attiser la curiosité des gens, qu’ils puissent s’ouvrir sur autre chose que ce qu’on leur montre à la télé ou ailleurs. La Passerelle.2 pour moi c’est le chemin des contre allées c’est très important. Savoir quitter les autoroutes qu’on nous impose avec des choses très standardisées et prendre le temps de ralentir et découvrir des artistes qui ne sont pas diffusés énormément alors qu’ils sont très précieux. Le but de la Passerelle.2 est de créer une passerelle, un lien social entre chacun d’entre nous.

Pourquoi avoir choisi ce nom de Passerelle.2 ?

J’avais proposé plusieurs noms à mes amis pour avoir leur avis et définir le lieu que j’allais créer. Le sondage a fait que le nom de la Passerelle est sorti, et ça correspondait bien à ce que je voulais faire : créer du lien, créer des passerelles entre les gens, entre les artistes et les spectateurs. Et le « point 2 » identifie plus le lieu car des passerelles il y en a beaucoup et je ne voulais pas être embêté juridiquement. Le point signifie un point d’ancrage pour la scène indépendante, pour offrir un endroit de paroles, de discussion, de développement pour les artistes. Ne voulant pas être uniquement disquaire, je voulais créer un lieu hybride où les gens aient le temps de prendre un café, de se restaurer. Et le 2 veut aussi dire « d’eux », ces gens dont on ne parle pas souvent mais qui sont très précieux à mon goût.

Pour ouvrir ce lieu as-tu obtenu des aides ou des financements ?

J’ai fait ça tout seul en puisant dans mes économies personnelles. J’habitais sur Lyon auparavant et j’ai vendu ma maison pour monter à Paris. C’est ce qui m’a permis d’ouvrir ce lieu et démarrer l’activité. J’ai fait des démarches pour trouver des aides mais ça n’a pas abouti. J’ai également fait une demande au CALIF, qui dépend du ministère de la culture et qui aide à l’installation des disquaires. J’ai ouvert ce lieu il y a 6 mois et j’attends toujours une réponse.

Pourquoi as-tu choisi ce quartier pour t’installer ?

Ce quartier a été meurtri suite aux évènements du Bataclan. En ouvrant ce lieu ici rue Popincourt, je voulais apporter ma petite contribution et redonner un peu de chaleur et d’humanité à ce quartier, qu’il y ait du brassage, que les gens puissent se retrouver, discuter, partager.

Que peut-on trouver à la passerelle.2 ?

Le cœur du lieu ce sont les disques, disques d’artistes qui sont autoproduits ou qui sont  signés dans des petits labels indépendants comme « l’autre distribution », ou « Wagram » qui distribue des labels comme « Tôt ou Tard » ou « Atome ». Il y a également « Rue Stendhal » et un label brésilien qui s’appelle « Nuovo Mondo ». Les disques sont un panel de différents styles de musique. On peut également trouver des livres qui évoquent le voyage, des livres de photographies, comme ceux de Pierre Terrasson que j’aime beaucoup. Il y a des livres sur la photographie sociale car j’aime la photo quand elle parle des autres et non pas quand elle est centrée sur elle-même. Il y a également un livre sur la musique baroque car j’aime beaucoup ce genre de musique. C’est aussi un café où on propose de la petite restauration, des boissons, et de la bière artisanale. Pour la bière je travaille avec la société BAPBAP (brassée à Paris, bue à Paris) qui est dans le 11ème arrondissement. Mathilde travaille avec moi et m’aide beaucoup pour la partie restauration, en nous préparant entre autres de très bonnes soupes.

Comment choisis-tu les évènements que tu proposes ?

Cela provient de deux choses. Il y a des artistes que je connaissais avant et qui m’ont d’ailleurs donné envie d’ouvrir ce lieu pour les soutenir. Et il y a les artistes qui sont venus à ma rencontre pour ensuite venir jouer ici en show case. Côté livres, nous avons des dédicaces, des conférences, des ateliers d’écriture dispensés par un ami, Jérôme Rousseaux, alias Ignatus. J’essaie de faire une programmation qui intègre ces deux aspects là.

Si un groupe souhaite venir jouer ici, comment doit-il faire ?

Une chose très importante pour moi c’est la rencontre, donc j’invite les artistes à venir me voir les après-midi. La passerelle est ouverte de 14h à 22h. L’après-midi est intéressante justement pour les discussions et les échanges, et le soir ce sont les évènements proprement dits. Je sollicite fortement les rencontres.

Quels sont tes gouts musicaux personnels ?

Ma maman adorait la chanson française, comme Brel, Ferré, Brassens, et j’ai nagé dans cet univers là pendant des années. A l’adolescence, j’ai voulu faire mes propres choix et j’ai découvert Higelin, Brigitte Fontaine, Areski Belkacem, Alain Bashung, Bernard Lavilliers pour la partie française et pour la partie anglaise j’ai adoré Patti Smith, Lou Reed, les Stones. J’ai aussi découvert la musique classique. L’important pour moi est d’être touché par le propos musical, c’est ce qui m’importe.

Depuis l’ouverture du lieu, quel évènement a eu un impact particulier ?

Il y en a eu plusieurs. Tout d’abord l’ouverture évidemment avec une amie chanteuse qui s’appelle K (Karina Duhamel). C’est une artiste que j’adore et c’était important qu’elle soit là. Il y a eu une espèce de feu d’artifice qui s’est prolongé la semaine d’après avec des amis, le groupe La Bestiole, qui font de la chanson rock que j’adore. Ces deux événements coup sur coup ont été énormes. Il y a eu aussi des évènements très importants car j’ai découvert que ce lieu pouvait offrir une écoute merveilleuse entre les musiciens et le public. Lidwine qui a l’habitude de faire des prestations dans des chapelles, tenait absolument à venir ici car elle savait que j’étais passionné par sa musique et qu’il y avait une écoute. Elle est venue avec sa harpe accompagnée de son compagnon qui jouait à côté d’elle et le lieu ressemblait réellement à une chapelle avec un silence très profond, c’était incroyable. Ces derniers temps Katel est venue, c’était blindé au-delà de l’imaginable. Il y a eu également ma rencontre avec Elodie Font de Radio Nova et de Frédérique Labussière de FIP. On a parlé tous les trois et Elodie avait ce projet de faire des lectures « des lettres à Paris » où elle avait demandé à ses auditeurs de lui adresser des lettres suite aux attentats, mais des lettres témoignant de l’amour au sens large. Elle voulait faire voyager ces lettres et il y a eu une lecture ici. C’était agrémenté par la fabuleuse musique de France de Griessen. Ça a été un moment très fort. On a eu également la conférencière Mathilde Baldran, qui habite d’ailleurs dans le quartier, qui a fait une lecture sur Victor Hugo et c’était absolument magnifique. Elle va d’ailleurs revenir prochainement pour faire autre chose sur des femmes du XIXème siècle. Donc oui il y a eu beaucoup de très beaux évènements et il y en aura beaucoup d’autres.

Comment vois-tu évoluer le lieu ?

J’ai beaucoup de frais ici que ce soit au niveau du loyer ou des taxes. J’essaie pour l’instant de pérenniser le lieu et je réfléchis pour pouvoir développer l’activité et pouvoir grandir si on peut grandir. Un site internet est également en création. Pour l’instant je démarre mais je réfléchis comment améliorer la programmation en assurant des évènements sur un mois qui correspondent aussi à une activité rentable du lieu.

Quels sont les évènements programmés ?

Le 23 février, Florent Nouvel sera là, chanteur très atypique que j’aime beaucoup. Le 24 nous aurons Yann Malau. Le 25 février Frédérique Labussière fera une lecture sur Patti Smith. Une page Facebook a été créée où l’on peut voir tous les évènements programmés.

Quel serait ton mot de la fin ?

Soutenez les artistes indépendants c’est super important. N’écoutez pas tout ce qu’on vous dit, rester libre et joyeux. Et une formule que j’utilise régulièrement : « dans la vie il faut avoir un poing levé et les bras ouverts en même temps »

Merci beaucoup Daniel et nous souhaitons longue vie à La Passerelle.2

Merci beaucoup à Mamusicale de s’être intéressé à nous.

// interview par : Isabelle Grand-Dufay

Interviews

// Le(s) commentaire(s)

  • Denis
    le 27 février 2017

    Belle présentation de l’endroit.
    Lieu chaleureux et convivial.
    barbaramitiés

  • Philippe DELPERDANGE
    le 14 avril 2017

    Un bel article qui donne envie d’y aller. Merci Yann

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