//RENCONTRE AVEC UN GROUPE HORS NORME – LES TAMBOURS DU BRONX

Interview Artistes, Rock | 5 décembre 2018

C’est à Nevers (Nièvre) que les Tambours du Bronx voient le jour en 1987. Après 31 ans d’albums, de concerts, de bidons usés, ils parviennent à nous surprendre une nouvelle fois avec leur dernier album « Weapons of mass percussion ».

Les Tambours du Bronx, ou icône de la classe ouvrière, populaire et de la ferraille, c’est aussi un groupe qui touche tous les publics et tous les genres. Riches de leurs différences, ils font appels à différents musiciens pour participer à leurs albums. Mamusicale rencontre Reuno (membre du groupe heavy metal Lofofora), chanteur et auteur des chansons avec Stéphane Buriez (leader de Loudblast) pour ce nouvel album.

 

Hello Reuno ! Nous te connaissons déjà grâce à ton groupe Lofofora. Tu as rejoins les Tambours du Bronx pour leur nouvel album « Weapons of mass percussion », quel a été ton ressenti à travers cette nouvelle aventure ?

Les Tambours du Bronx m’ont appelé pour participer à cet album. C’est une institution en France, c’est la classe populaire, des ouvriers, ça fait 31 ans que ça dure.  Ils m’ont contacté il y a un an, ils avaient déjà fait une expérience métal avec les Sepultura, ils avaient envie de retenter l’expérience. Ils se rapprochent tout de même plus du milieu punk/métal que percussions. Il y a eu des tas d’albums avec des artistes différents, c’est ce qui fait la richesse de ce groupe. Les gens se renouvellent au sein du groupe, ils ne sont que 3 ou 4 anciens membres sur une vingtaine. Je pense que c’est l’expérience la plus puissante que j’ai pu vivre sur scène. Avec ces guitares, ces basses, batterie et ces 9 tambours… tu as l’impression d’être au volant d’un V12 avec un moteur énorme qui te pousse.

Un mot sur l’album « Weapons of mass percussion »?

On est des vieux gosses, quand tu aimes vraiment le rock et que tu es prêt à y mettre tes tripes, c’est qu’il y a qu’il y a quelque chose en toi qui n’a pas grandi, et c’est très bien comme ça. Cet album s’est fait avec beaucoup de complicité naturelle. Dans la forme, quelqu’un de l’extérieur se dirait qu’il a été fait à l’arrache, mais on savait tous ce qu’on avait à faire, au moment donné. On est des vieux punks qui ont mis tout leur cœur sur cet album donc on en est très satisfait ! 

Vous n’êtes pas attachés à un seul style, vous êtes un mélange  de plein de genres. Certaines personnes vous définiront comme du rock alternatif, d’autres comme de l’industriel ou bien du métal, ou même comme un vrai spectacle de théâtre musical. Quelle est votre définition ? Est-ce voulu de permettre au public d’avoir sa propre perception, pour réunir plus de monde de chaque genre ?

Je ne peux pas parler au nom des centaines d’artistes qui sont passés dans ce groupe, mais ma vision personnelle est que, la meilleure récompense lorsque tu essayes de produire quelque chose d’artistique, dans un sens de partage, c’est de te rendre compte que les gens s’approprient leur histoire. Sans faire quelque chose de malléable, tu fais quelque chose d’interprétable de plusieurs manières. Selon moi c’est la définition d’une pièce d’art, faire quelque chose d’accessible à tous. Que chacun puisse se raconter son histoire mais en ressentant le sentiment général qu’a voulu transmettre l’artiste. Je ne m’orne pas de lauriers  attention. (Rires)

Vos concerts sont de vrais shows, lorsque vous composez  vos morceaux, pensez-vous au rendu sur scène ? L’expérience visuelle est-elle importante pour vous ?

Je ne peux pas répondre à cette question au nom du groupe. Mais je pense que comme tout musicien qui se respecte, lorsque tu mets tes tripes dans un projet en restant entier, sincère et en allant jusqu’au bout de ta démarche, tu as toutes tes chances de donner au public ce qu’il attend en live.

Mais nos shows ne sont pas chorégraphiés. Quand Luc montre son cul c’est pas écrit dans la set list ! (rires)

Jour de colère : peux-tu me parler du thème de cette chanson que tu as écrite, ce que tu as voulu défendre ?

On me dit souvent que je fais de la musique énervée, que je crie ou que je fais les gros yeux… mais je réponds toujours « c’est pas moi qui ai commencé! ». A la base j’étais un petit bébé tout gentil quand je suis sorti de ma maman. Et je trouve que l’on vit dans un monde terriblement agressif, on se laisse vite aspirer par ça en étant à la fois victime et vecteur de cette violence. Notamment dans les grandes villes, car nous ne sommes pas faits pour vivre dans une telle densité de population, donc comme des rats en cage, on finit par s’entretuer. Et lorsque tu veux être plus zen, ça demande parfois du courage. Une journée passe et tu te dis « encore une journée de colère dans le monde ».

Vous êtes 16 sur scène, comment garder une bonne cohésion de groupe ? Vous avez chacun un poste bien particulier dans la création ?

Déjà lorsque tu es quatre dans un groupe, la démocratie c’est difficile, alors quand tu es une vingtaine, il faut un dictateur ! (rires) Plus sérieusement, les décisions se font avec un plus petit comité. On est obligé d’avoir quelqu’un qui tranche pour les autres à la fin.

Pour la création chacun a un poste particulier oui. Pour cet album, il y a des musiciens qui ont été moins impliqués que d’autres, car ils jouent les mêmes parties de percus depuis des années. Il n’y a pas de hiérarchie chez les Tambours du Bronx, mais c’est un peu comme un gros navire où chacun tient son poste et fait fonctionner la machine.

Avec tant d’inspirations différentes, d’influences, d’instruments… également une structure aléatoire dans vos morceaux, est-ce compliqué de s’y retrouver ? Comment faire pour réunir toutes ces influences pour en faire un morceau cohérent ?

Pour la plupart, les morceaux sont des parties de percussions qui existent déjà depuis quelques années avec le groupe. Stéphane Buriez et moi écrivons les paroles dessus. Et en se répartissant le travail, nous nous sommes vite rendu compte que les structures étaient étranges et partaient dans tous les sens. On a décidé de ne pas les bouger, ce qui nous a mis dans une position inconfortable, mais c’est ce qui nous a poussé à découvrir autre chose. Au final on a beaucoup apprécié car parfois, la figure imposée, te permets de sortir de tes habitudes.

Peux-tu me parler des différences influences pour la chanson et le clip de « Mirage éternel » ?

C’est le premier morceau que j’ai écrit pour cet album. La musique m’a tout de suite interpellée, avec ses sons un peu arabisants mélangés à des gros riffs. La façon de chanter m’est venu tout de suite avec ce morceau.  C’est presque une mélodie de violons égyptiens un peu en quart de ton et un grain saturé comme un chanteur de métal. J’ai eu envie de chanter d’une manière onirique en ayant la vision d’un mec qui se réveille dans le désert et voit des mirages. C’est également une sorte de métaphore de la société actuelle, j’avais besoin de laisser sortir certaines choses. Je revendique le droit d’être une personne sensible,  je n’imprègne de ce qui m’entoure et attend le bon moment pour ensuite m’exprimer d’une manière artistique. 

L’actualité pour les prochains mois ?

Les Tambours du Bronx sont sur le spectacle Koros qui est sans guitare et sans voix. Et on attend les mises à jours pour d’autres dates et festivals.

Ton meilleur souvenir avec les Tambours ?

J’étais sur scène en concert avec mon groupe Lofofora pour un festival, et je devais jouer juste après sur cette même scène avec les Tambours du Bronx. Les deux autres chanteurs Stéphane Buriez et Renato Di Folco n’étaient pas dispos, donc j’ai enchaîné les deux concerts. J’étais assez angoissé car je ne suis plus tout jeune mais j’ai tout déchiré ! C’est une opportunité assez rare donc c’est forcément mon meilleur souvenir musical et avec les Tambours.

Le mot de la fin ?

Je suis très heureux de participer à cette aventure avec eux, je les remercie, et j’espère qu’on va mettre de bonnes claques aux festivals ! Au début du concert, les gens pensent qu’on leur veut du mal (rires) mais après ils dansent, se lâchent… notre musique sert de défouloir et de les voir partir avec le sourire c’est tout ce qui nous fait plaisir.

 

Un grand merci à Reuno pour cette interview sincère et passionnée. Retrouvez toute l’actualité des Tambours du Bronx sur tamboursdubronx.com Et celle de Reuno avec Lofofora : lofofora.com      Merci à Caroline Gogry pour les magnifiques photos.

Et si ce n’est pas déjà fait, découvrez le clip coup de cœur de Mamusicale « Mirage éternel »

// Interview par : Camille Mutin

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