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//Mountain Men, un juste équilibre humain et musical

Folk / Rock, Interview Artistes, Rock, Soul Blues | 26 janvier 2017

Depuis 2005, Mat et Ian des Mountain Men font le lien entre l’Australie et la France. Une rencontre humaine forte à l’image de leur musique.

 

Lors de votre précédente tournée vous étiez programmés dans des festivals importants, comme Beauregard ou les Déferlantes, qui ne sont pas portés sur le blues. Avez-vous pu ressentir un nouvel élan ? 

Mat : Je ne sais pas, ça fait 7 ans qu’on est sur les routes non stop. On est très content de l’invitation de ces gros festivals en faisant la musique qu’on a envie de faire. Mais ces concerts sont comme les autres. On essaye de donner le maximum au public peu importe la taille de la scène.

Ian : Ça nous a permis de rencontrer d’autres publics et on a eu un bon encouragement à chaque fois même si on était hors du circuit du blues.

Mat : Bien qu’on n’ait jamais trop été dans le circuit du blues. On nous colle cette étiquette car c’est facile de faire la rapprochement guitare, voix, harmonica. Mais nous, on ne se revendique pas comme des bluesmen. On fait notre musique sans se poser de question. Alors oui il y a la racine blues mais aussi beaucoup d’autres styles dans nos influences.

 

Votre musique à la base acoustique s’électrise de plus en plus, notamment avec Black Market Flowers ? 

Mat : On s’était dit qu’on voulait faire un album différemment avec un réalisateur. On s’est tourné vers Denis Barthe (Ex Noir Désir) avec qui ça l’a fait tout de suite. Sur Against the Wind, le précédent album, il y avait des penchants un peu plus électriques et là on s’est dit faisons un album avec un basse batterie, plus rock mais allons-y à fond. On veut du gros son, faisons du gros son, c’était logique. Et puis, on ne se voyait pas refaire le même album que les précédents pour faire plaisir au public, car finalement les gens connaissent et si tu restes dans ce système là j’ai l’impression que tu meurs peu à peu et j’ai surtout pas envie de m’ennuyer.

Ian : Ceci-dit, toutes les chansons sur l’album avec une guitare et deux cuillères marchent aussi très bien.

 

Dans ce nouvel album, on retrouve du blues qui tend vers le rock. Des chansons plus courtes qu’à l’accoutumée, c’est le rock qui amène à être plus direct ?

Mat : C’était un vrai choix. Sur les précédents albums on avait tendance à aller coucher toutes nos idées. Là on avait envie, tu l’as dit, de faire quelque chose de plus direct et plus court.

Ian : Je me souviens au studio on avait des morceaux enregistrés et on cherchait des parties où on pouvait rallonger pour faire des solos et plusieurs fois on s’est dit « bah en fait tout est là ».

C’est court mais cela garde l’intensité première 

Mat : Oui c’est vrai et paradoxalement c’est l’album sur lequel on a le plus d’instruments mais qui est aussi le plus direct et personnel dans les textes et musiques.

 

Est ce que cet album marque une nouvelle façon de travailler ? Car d’autres musiciens sont venus collaborer comme Olivier Mathios de The Hyenes ou encore Estelle Humeau d’Eiffel. 

Mat : Je ne pense pas qu’on ait changé notre façon d’écrire et de bosser. Je me suis enfermé à partir de septembre pour me mettre à fond dessus alors qu’on était en pleine tournée d’ailleurs. On savait en sortant Against the Wind qu’on voulait avoir un album très vite après. Finalement, on a fait comme d’habitude. J’arrivais avec mes musiques, on en parlait tous les deux. Ensuite, Ian posait un texte, on essayait. Quand on écoute les pré-productions faites à la maison on est très proche du rendu final de l’album car on savait exactement où on voulait aller dès le début. Denis a apporté sa patte aussi. On a travaillé dans une ambiance chouette et dans le plaisir. Jusqu’à maintenant les trois premiers albums étaient dans la douleur et je redoutais l’exercice du studio et là c’était 25 jours magiques. On a bien travaillé, dans une putain d’ambiance on a aussi bien bu. En fait, à chaque fois que quelqu’un avait une idée on essayait et ça c’est vraiment excitant.

Ian : Petite précision, on a pas bu tant que ça. On a bien mangé et fait des journées très longues mais au niveau de la boisson nous étions très raisonnables (rires).

Mat : Après, tout est relatif, parce qu’il est Australien et boire 4 litres de bière c’est raisonnable pour lui (rires).

 

Comment s’est faite la connexion avec Denis Barthe ? 

Mat : On voulait un réal et quand notre producteur a demandé à Denis il a dit « ça tombe bien, je ne connais pas ». Il a écouté et 48H après il a rappelé en disant « j’adore, c’est deux punks qui font du blues, feu à volonté. J’ai pas le temps de le faire mais on le fait quand même ». Quand je suis allé voir Denis, la rencontre a été forte à tel point que quelques jours plus tard on devait venir avec un basse batterie et il a dit « non moi j’ai un bassiste et puis ça me plait, j’ai vraiment envie de faire les batteries ». A la fin des prises je lui ai dit « A quoi t’es allergique ? C’est pour mettre sur le rider de tournée » et deux jours après il m’a dit « oui go pour les concerts ».

C’est une belle rencontre, quasi une évidence … 

Ian : Oui oui et finalement il mange et boit tout. Il a juste un petit problème avec les félins, avec les chats mais il est très facile à vivre.

 

Je trouve qu’un des mots qui correspond à ce nouvel album c’est équilibre. On passe par des moments énergiques en tension et d’autres plus aériens ?

Mat : Ça me fait plaisir, j’essaye de prendre un album comme une entité complète. On n’est pas un groupe qui composons 50 chansons, non, nous on compose ce qu’on va mettre sur le disque. 

Ian : Cet équilibre c’est le reflet de comment nous sommes dans la vraie vie. Parfois, quand je suis inquiet Mat est d’un calme imperturbable et inversement. Complémentarité c’est un mot qui revient souvent et qui était beaucoup utilisé au début du groupe.

 

On retrouve cette fois encore des titres en français, une langue qui te tient à cœur Mat ?  

Mat : J’ai besoin d’y revenir de plus en plus. Je l’avais déjà fait avant de manière plus ou moins heureuse. Les deux titres étaient là et avaient le mérite d’exister. Sur le précédent album il y avait  quelques titres en français et j’avais reçu une bonne critique qui m’a permis de me libérer.

 

C’est une mise à nue supplémentaire aussi ?

Mat : Carrément, longtemps j’ai dit que le français chez nous n’avait pas sa place. Je le pense moins comme ça maintenant.

Ian : Et puis, c’est positif pour moi. Car la voix interpelle et l’auditeur a la volonté de savoir qui est la personne derrière cette voix. Cependant, en anglais j’écris les textes et c’est aussi un moyen de laisser passer mes émotions.

Mat : Et ses textes me parlent beaucoup, je m’identifie vraiment à eux. La force et la complémentarité dans ce duo c’est que Ian écrit des chansons avec des mots que moi-même je peux utiliser et dire.

Ian : Par contre lui a un droit de regard sur mes textes et moi aucun sur sa musique. C’est toujours comme ça sous le régime d’un dictateur. Mais je commence à réclamer à être payé (rires).

 

Il y a une vraie émotion transmise par le texte qui reflète des moments de vie forts ? 

Mat : C’est un condensé de ce qu’on est dans la vie à un instant T. C’est un disque plein d’émotions. L’année 2015 était assez tourmentée avec des problèmes de relationnel dans notre équipe, et puis, nos vies personnelles qui sont ce qu’elles sont donc les chansons sont un condensé de tout ça. Il y a aussi ce coup de fil reçu qui m’annonçait la perte d’un pote et j’ai écrit un peu comme ça dans la foulée, donc oui des instants forts de nos vies sont sur le disque.

Ian : Rien à ajouter Monsieur.

 

Against the Wind est un titre évocateur. C’est pour vous l’envie d’aller plus loin que là où on vous attend, loin des codes et notamment ceux du blues ? 

Mat : On arrive à faire sonner les titres en français peut-être parce que c’est pas vraiment du blues. Moi faire le gimmick blues et chanter en français par dessus, je ne trouve pas ça terrible. Je pense que le blues est régie par des codes, il faut parler des mêmes choses, du chien écrasé, de la femme qui part … On a l’impression d’entendre une répétition. Le blues est souvent pris comme de la musique classique. Moi j’emmerde les codes, j’ai du mal avec les règles et c’est une vraie envie de m’exprimer comme je le sens. Après peut-être que je me trompe.

Ian : Ce qui est pénible dans les codes c’est qu’il n’y pas de surprise. Sauf qu’on peut les transformer, les changer et les bousculer pour sortir des clichés. Mat dit « mon chien est écrasé et ma femme m’a quitté » et si c’était l’inverse pour une fois, le chien qui va sur la tombe de la femme écrasée. Tu vois, il y a moyen de tourner autrement les choses.

Comment retranscrivez vous l’album sur scène ? 

Mat : On est quatre déjà et j’ai l’impression qu’on prolonge le plaisir du studio. Le vrai risque après 600 concerts à deux c’est que les gens prennent peur de ce changement. Le public est attaché aux personnages de Moutain Men. Mais au final, ça magnifie le tout car on gagne en puissance en conservant l’équilibre de l’album.

 

Ian, comment ressens-tu la scène ? 

Ian : De mieux en mieux, au début c’était très déstabilisant parce que le niveau sonore est plus élevé tout comme la densité du son. Du coup, mes interventions changent un peu d’autant que Denis fait des chœurs donc je dois faire attention où je place mes notes. Aussi, à deux je me limitais à un certain espace qui vient d’être multiplié par trois.  Mais l’aventure est fabuleuse et le retour du public est magnifique. En plus Mat est debout, il n’a pas quitté la scène pour l’instant  mais je vais essayer de l’amener à la régie pour visiter la salle (rires).

 

A part la tournée, avez-vous d’autres projets ?  

Mat : C’est essentiellement la tournée. On espère être invité dans plein de festivals car à l’heure où la culture se meurt un peu tu vois, on est en plein dans les élections présidentielles et ça fait six mois qu’ils nous baratinent et pas un seul des candidats a prononcé le mot culture, pas un seul. Ça va être de plus en plus difficile pour des groupes comme nous si on ne prend pas garde à sortir. Dans 10 ans, il y aura plus que cinq gros groupes et cinq gros festivals car il n’y aura plus de place pour des musiques comme nous. Je ne suis pas militant pour un rond mais la culture c’est important. On la chance de vendre des albums et de tourner mais ça reste fragile, car si tu rentres pas dans un certain code et bien tu n’as pas d’accès. Pour beaucoup de gens si tu ne passes pas dans les grands médias tu n’existes pas. Mais si les gens éteignaient un peu leur télé pour avoir l’envie et la curiosité de sortir du confort journalier, ça fait du bien. Loin de la dame bien coiffée à 20h qui vient t’annoncer tout ce qui se passe, ou plutôt tout ce qu’elle a envie de te dire. Et si on y prend pas garde, nos enfants dans 20 ans n’auront qu’un ramassis de ça.

En tout cas, on continuera de vous soutenir, belle route à vous.

Merci beaucoup à toi.

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// interview par : Johann Guérin

Interview & Live report

// Le(s) commentaire(s)

  • iano
    le 30 janvier 2017

    salut johann,
    merci pour cet article, et encore pour le temps que tu as passé avec nous.
    amitiés,
    iano

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