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//L’INTERVIEW DU COLLECTIF 13 – QUAND MUSIQUE RIME AVEC HUMANITÉ

Chanson française, Interview Artistes | 29 janvier 2019

Le Collectif 13 c’est une bande des potes, une colonie de vacances qui sillonne les routes depuis 2015.. Un groupe riche d’artistes différents, issus de divers horizons. Plaçant l’unité, la liberté, la chaleur humaine au centre de leur musique, ce sont quatre musicos avec de l’amour à revendre que je rencontre pour la sortie de leur nouvel album « Chant libre », un nouveau bijou plein d’humanité.

Hello le Collectif !

– Le collectif 13 c’est un groupe riche, chaque membre a déjà un beau parcours dans la musique. Vous avez décidé de réunir vos univers, plutôt semblables. C’est une richesse, mais est-ce que cela peut être une difficulté sur certains points ?  Vos univers se ressemblent, mais vous avez chacun vos influences. Comment créer quelque chose de nouveau ?

Gari : On essaye de sortir de notre routine, on a un maître d’œuvre qui s’appelle Jérôme Briard (Le Pied de la Pompe), c’est lui qui nous a réuni et qui tient la barre de l’histoire. Sur le premier album l’idée était de réunir une bande de potes pour faire une compilation de nos styles différents. Avec nos passés communs et au fur et à mesure, on a commencé à affirmer un son. Pour ce deuxième album, nous nous sommes vraiment répartis le travail d’écriture, pour donner une nouvelle couleur au Collectif 13.

– Vous revenez donc avec un deuxième album « Chant Libre » sorti le 18 janvier, que représente-t-il ? Est-ce que vous aviez prévu de remettre ça après un premier album où vous comptiez peut-être juste vous rassemblez pour un seul projet ?

Guizmo : Pour certains on se connaissait déjà très bien avant le premier album, Mourad et moi avec La Rue Kétanou et Tryo.. on a tourné énormément ensemble, on a vécu des choses. Mais par exemple avec Gari, on se croisait depuis vingt ans, mais dix minutes par ci, dix minutes par là…

Mourad : L’important c’est de continuer à faire notre métier sans être dans une routine. C’est pour ça qu’on a décidé de faire un deuxième album. Si moi je faisais que La Rue Kétanou, ce ne serait plus une rue, ce serait une impasse. L’obligation d’aller voir ailleurs, de faire d’autres choses, avec en plus des gens que l’on croise depuis des années et que l’on kiffe, c’est du bonheur…

Gari : Et nos escapades avec le Collectif 13 vont nourrir nos groupes respectifs. C’est pour ça que l’on arrive à se régénérer !

Gérome : Et le deuxième album vient avec la tristesse de la fin de la tournée de l’autre ! 

– Avez-vous travaillé avec de nouvelles personnes pour cet album ?

Guizmo : Syrano a débarqué ! Il n’avait pas participé dans l’écriture du premier album. Pour celui-ci il est arrivé avec des chansons, il a écrit sur des compositions… il a vraiment pris une place à part entière dans le Collectif. Et également l’arrivée du percussionniste de Tryo, Ito, qui nous rejoint sur l’album et aussi sur scène.

– Quelle est votre ligne directrice ? Le thème qui met tout le monde d’accord pour composer ?

Guizmo : On est parti sur ces mots : soleil, sourire, festif et le vivre ensemble. Le thème principal qui ressort c’est le vivre ensemble dans la différence. Même si nous avons plein de valeurs communes, nous restons des entités. C’est ce qui nous nourrit, qui nous sert. C’est à l’image de ce que l’on aimerait voir plus souvent autour de nous. C’est la manière dont on aimerait voir la société évoluer : arrêter le repli sur soi, casser les murs, accepter l’autre, s’y intéresser, et arrêter d’avoir peur de la différence.

D’où le titre de l’album « Chant libre » ?

Guizmo : Tout à fait. Chant libre c’est la liberté d’expression, liberté d’assumer nos différences.

– Par rapport à votre chanson « réseau » qui dénonce l’abus des réseaux sociaux, qui est un vrai problème, et qui peut être dangereux… c’est malgré tout essentiel pour un artiste, d’être actif sur ces réseaux. Que pensez-vous de ça ? Le faites-vous à contre cœur ? Aujourd’hui on peut être mis de côté en tant qu’artiste si nous n’avons pas accès à ce numérique.

Gari : Il faut faire la part des choses. C’est vrai qu’aujourd’hui c’est un vrai outil de travail. Mais on analyse la chose en tant que citoyen déjà, la fracture numérique peut être très problématique dans les années à venir. Les personnes/pays n’ayant pas accès à ça pourront être mis de côté. On a plusieurs regards par rapport à ça, et notre rôle d’artiste est là pour que l’on puisse prendre un peu de hauteur, de recul.

Mourad : Mais nous dans le collectif on est de la génération où l’on a appris à jouer de la musique avec des cailloux et des bouts de bois. Ce numérique peut être une vraie maladie addictive. Ca appauvrit intellectuellement une génération, on est constamment dans la contre-information. Alors que je pense que la vérité elle est dehors, il faut savoir aller vers l’autre, ouvrir la porte du voisin.

Gérome : On peut le remarquer avec le phénomène des gilets jaunes, qui est un mouvement social où l’on peut comprendre que les gens pour la plupart, cherchaient un réconfort chez l’autre, au lieu d’être assis devant la télé.

Gari : Certaines personnes se sont retrouvées sur un rond-point au départ pour revendiquer, mais ce que l’on entend surtout c’est cette solitude, cette parole qu’ils n’ont pas et là déjà, ils peuvent parler à quelqu’un. Faisons les choses avec parcimonie, avec intelligence, la quête de notre groupe c’est la rencontre de l’autre.

– Votre clip « Collègues » est très beau, vous passez du noir & blanc aux couleurs… pourquoi avoir choisi des enfants ? Pour évoquer cette insouciance, cette absence de codes…? Car vous êtes vous-même des grands enfants ?

Guizmo : C’était un petit clin d’œil à nous, quand l’amitié commence sur un terrain de foot ou en faisant du skate… et se rendre compte que trente ans après, on est encore potes. L’amitié est là et elle est partie pour durer, ce qui explique le choix des enfants. On a encore dix ans.

Gari : Quand on entre dans le bus pour partir en tournée, c’est un départ en colonie de vacances !

Mourad : Et on dit « jouer de la musique » pour notre métier, donc on a quand même ce truc là où on a ce désir d’enfant d’aller s’amuser, de rencontrer le public, de rigoler avec les gens…

Gérome : Les enchanteurs enchantés ! On est là pour s’amuser, on a encore dix ans oui, même si ça ne se voit plus trop au niveau des cheveux… (rires)

– Vous êtes anti-communautaristes, mais aimez chacun votre région d’origine. Auriez-vous un message pour les gens qui peut-être ne font pas la différence ? Car on peut être ouvert, et ne pas oublier ses racines.

Gari : Par exemple en France on a cette notion de « province »… la province, tout ce qui n’est pas le centre. Si tu passes ton diplôme d’architecture en province, et non pas à Paris, tu es condamné à être un architecte de deuxième division. C’est un gros problème pour la cohésion du pays. Et on le subit en tant que musicien, car toute la diffusion est à Paris. On a conscience de tout ça, c’est pour ça que le Collectif 13 existe, on vient tous de régions différentes… mais c’est « bienvenue dans ma région », en oubliant le repli sur soi.

– Votre actualité ?

Gérome : Tout la préparation en mars pour les concerts avec les musiciens, les premières résidences que l’on va mettre en route… et le 5 avril on part sur une première date à Alès, pour le festival de La Meuh Folle, et ensuite, tournée jusqu’à fin octobre ! En route pour les festivals !

– Qu’est-ce que c’est pour vous la meilleure « place au soleil » ?

Mourad : Elle est là où l’on se sent bien, comme c’est dit dans la chanson. Je pense qu’on ne prend pas assez le temps de reconnaître où l’on se sent bien, chez soi. Pour chacun c’est différent. Gari c’est à Marseille, Guizmo c’est en Bretagne…

Gérome : Une place au soleil c’est aussi un endroit où des amis t’accueillent avec le sourire, c’est cette idée de rassemblement. Un espace où tu te sens accueillis, à l’aise, en confiance…

Gari : Il y a cette notion d’identité choisie. Tu es de là où tu as envie d’être. C’est un coup de poing aux identitaires, car tu viens de l’endroit dont tu tombes amoureux.

Gérome : D’où le dicton « on ne naît pas breton, on le devient »!

– Une anecdote ?

Gérome : Gari s’est puni tout seul une fois… il y a quelques temps, il avait écrit un couplet très dur à chanter. Radio en direct, il se trompe dix fois en essayant de le chanter…

Gérome : Du coup le couplet ne vient pas mais il nous fait une superbe impro en direct sur France Bleue, et vu que personne ne connaît, le morceau passe… et l’ingénieur derrière nous fait signe en disant « génial les mecs » ! (rires)

– Un rituel avant de monter sur scène ?

Gérome : On se prend tous dans les bras ! On se sent, il y en a qui serrent fort, et qui sentent fort… (rires)

Guizmo : J’osais pas le dire ! (rires)

– Bon anti-communautariste ok… mais il n’y a pas de filles dans le groupe, pourquoi ?

Guizmo : (rires) C’est une question qui revient beaucoup, c’est pas voulu, notre groupe s’est formé sur un hasard de rencontres. C’était prévu à la base mais lorsqu’on a invité des copines c’était plus des histoires de disponibilités, mais on en a invité beaucoup sur scène.

Mourad : Et malheureusement on est dans un milieu où il y a beaucoup plus de mecs que de filles. Et on espère que la tendance va s’inverser au fil des années, on va rattraper le coup en live !

Gari : Et toi tu ne joues pas d’un instrument ? Si ? Alors, bienvenue sur scène !

Un échange très chaleureux et humain, donnant envie de monter sur scène avec eux ! Une chose est sûre, avec leur nouvel album « Chant Libre », le Collectif 13 nous offre une véritable place au soleil ! Retrouvez toute leur actu sur collectif13.fr

Et pour une bouffée de chaleur humaine (re)découvrez leur clip : 

Crédit photo : Tidash

// Interview par : Camille Mutin

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